Bâton de joie

Blabla vidéoludique non influencé
et probablement orienté.
¯\_(ツ)_/¯
The Last Guardian, Toutouchic - PS4

The Last Guardian, Toutouchic

Support : PS4
Le 29/01/2017 - 19:26, par Dayton

On ne va pas vous refaire l’histoire. 9 ans d’attente, de rumeur d’annulation, de transition, de problème de développement puis la résurrection au bout du tunnel. The Last Guardian sauvé de la fosse à vaporware par un Sony de retour en grâce avec sa PS4. Personnellement, j’ai toujours du mal à y croire. L’effet est d’ailleurs saisissant lorsque l’on appuie la première fois sur Start pour lancer une partie. On repense à tout ce qui a pu se passer pendant ces longues années. On repense aux moments extraordinaires passés sur Ico et Shadow of the Colossus. Puis le générique se termine, le titre apparait et avec lui le doute…Et si… Et si, finalement nous étions déçu…

 

 

Ico bis 

Il faut avouer que écrire un test classique sur The Last Guardian ne lui rendrait pas hommage. On va donc diviser le tout en deux. Nous allons tout d’abord parler du coté « jeu », de ses forces, ses faiblesses puis nous aborderont le coté expérience. The Last Guardian ne doit pas seulement se voir critiquer sur son aspect ludique car à l’opposé de nombreux triples A, ici le gameplay est au service de quelque chose de beaucoup plus grand. Il est la peinture dont se sert l’artiste pour réaliser sa toile. Il n’appartient qu’à nous autres, joueurs, d’apprécier le dessin posé dessus.

Le jeu commence dans une grotte, un petit garçon anonyme et à la mémoire défaillante se réveille à coté d’une bête blessée. Le jeu ne s’embarrasse pas d’une longue introduction. Prévu dès le départ ou non, on sent la volonté de ne pas nous faire attendre avant de rencontrer Trico. Des indications visuelles vous précisent les différentes touches de la manette et il n’appartient plus qu’à vous d’approcher la bête et de la libérer de ses entraves. Cette première zone du jeu est l’occasion de voir immédiatement l’intégralité de ce que sera l’aventure en moins de 10 minutes. Tout y est, de la sensation de gigantisme et de réalisme troublant de l’animal en passant par la caméra qui déraille ou des phases de plateforme à la Ico.

En terme de jeu, c’est très linéaire et minimaliste. Vous arrivez dans une salle et le but est de trouver le moyen de passer à la suivante. Bien entendu, vous aurez aussi souvent des environnements extérieurs mais le but est toujours le même : trouver le moyen de passer avec la bête. Pour cela, il faudra bien scruter les décors à la recherche de corniches et autres passages pour le gamin ou alors de grandes portes et plateformes géantes permettant à Trico de se mouvoir.  Oubliez les indications visuelles type surbrillance, ici c’est la pure école japonaise avec quelques corniches de couleurs différentes mais rien de plus. En sus, le garçon répond bien et c’est un plaisir de le voir se déplacer tant ses animations sont précises et détaillées.

Pour casser la routine, vous tomberez ça et là sur de petites énigmes. Rien de bien compliqué cependant, il s’agit la plupart du temps de trouver un switch dans le décor ou encore de réussir à casser des vitraux représentant un oeil. Ces totems, si l’on peut les nommer ainsi, sont disposés un peu partout sur votre parcours et agissent sur Trico comme un aspirateur avec un chat, ils lui font peur. Impossible de le faire avancer tant que vous n’aurez pas trouvez le moyen de les détruire. Là encore pas de grosses prises de tête, il s’agira de lancer un objet dessus, de les pousser ou bien d’utiliser le laser qui se cache dans la queue de l’animal… Bon ok, ce n’est pas vraiment un laser mais je trouvais l’image comique. En effet, au début de l’aventure vous trouverez un bouclier mystérieux qui, une fois pointé dans une direction, permet à l’animal de tirer des éclairs avec sa queue.  Vous le perdrez cependant rapidement avant de le retrouver vers la fin de l’aventure, vous laissant sans défense la majorité du jeu contre les différentes menaces qui rodent dans les couloirs.

Tout comme dans Ico, avec qui il partage une base commune de game design, votre progression sera ralentie par des rencontres hostiles. Ici, pas de monstres de fumée noire mais des armures possédées qui chercheront à tout prix à vous attraper pour vous emmener derrière des portes mystérieuses. Vous ne disposerez d’aucune arme, c’est Trico qui devra se charger de les détruire. À vous de lui donner les ordres qui vont bien lorsque vous serez attaqué. Ces rencontres ne constitueront toutefois que des ralentissements tant la bête se révèle efficace d’autant plus que la mort n’est synonyme qu’à un retour au début de la séquence par la joie de la sauvegarde automatique.

 

 

Tricote moi un mouton

Nous venons de le voir, The Last Guardian se veut donc on ne peut plus classique si nous le résumons à sa partie plateforme. Cependant la promesse que tout le monde attendait - et qui était aussi une condition de réussite pour l ‘expérience - réside bien entendu dans le personnage de Trico. Les premiers trailers qui étaient bien plus des targets render qu’autre chose, étaient pourtant dès 2007 porteurs d’une promesse folle : réussir à faire passer pour vivant et crédible une chimère totalement irréelle. Trico, compagnon de route pour une dizaine d’heures, est un personnage véritablement majeur de l’histoire.

On ne va pas vous faire languir, une seule question se pose une fois le jeu terminé : comment ont ils réussi ce tour de force. On est à des années lumière des mensonges d’un Peter Molyneux, The Last Guardian délivre exactement ce qui nous avait été promis voilà de ça 10 ans. Impossible pour quelqu’un possédant un chat ou un chien de ne pas retrouver des attitudes connues, des comportements familiers et, chose plus extraordinaire encore, de ne pas reproduire en jeu ce que l’on ferait avec son propre animal de compagnie. La tape sur le cul avec un journal en moins, malheureusement.

Comme dans tous les jeux Ueda, le bouton R1 sert de connexion entre les protagonistes. Il attrapait la main de Yorda dans Ico, permettait d’escalader les colosses dans Shadow et maintenant il est le moyen de communiquer avec la bête. Pour cela, il faudra le combiner à des touches ou des directions. Ainsi vous pourrez demander à votre compagnon à plume de sauter, de frapper, voire lui pointer une direction ou bien encore lui signifier votre agacement lorsqu’il ne daignera pas vous écouter. L’aventure est d’ailleurs découpée en deux parties concernant votre capacité à vous faire comprendre. Dans la première, Trico est assez indépendant et il faut souvent insister pour qu’il exécute ce qu’on lui demande. Arrive alors un passage durant lequel l’interface vous invite à lui intimer un ordre précis. À partir de ce moment, les choses changent et Trico se montre bien plus réactif et docile. C’est un bon chien ça. Dommage cependant que ce moment provoque une sorte de cassure car on sent vraiment la différence de comportement à partir de là. Si le jeu offre bien le sentiment que les protagonistes s’apprivoisent progressivement, ce petit instant de rien du tout nous rappelle tout de même que nous ne sommes que dans un jeu et que la bête reste soumise aux lois de la programmation.

Plus qu’un simple accessoire, Trico se veut aussi une partie fondamentale du gameplay prenant d’ailleurs de plus en plus d’importance à mesure que le temps passe. Alors qu’il s’agira d’abord de lui faire franchir des obstacles ou de le nourrir, il deviendra par la suite l’un des principaux moyens d’avancer. Indiquez lui une plateforme, grimpez sur son dos, demandez lui de sauter et c’est parti. Avec l’agilité du félin, le cul qui remue avant le saut en prime, vous voilà parti dans les airs en direction de votre prochaine étape. Quel plaisir de le voir se mouvoir, personnellement je ne retrouve pas de souvenir d’une créature réelle ou non qui m’ait parue aussi crédible dans n’importe quel autre jeu vidéo.

 

 

Hérité de Shadow of the Colossus, le système de grimpette est désormais automatique. Approchez-vous de Trico et sautez dans sa direction pour que le garçon s’accroche automatiquement. Cependant, si la caméra se montre souvent capricieuse durant le jeu c’est particulièrement lorsque l’on est sur l’animal que cette dernière perd la boule. Rien d’irrattrapable manuellement mais c’est suffisamment important pour le souligner. D’ailleurs puisque l’on parle de cette caméra, il faudra m’expliquer pourquoi avec le talent évident des équipes d’Ueda, ces derniers n’aient jamais réussi en 3 jeux à coder une caméra décente. Celle d’ico était semi fixe et molle, celle de Shadow donnait l’impression d’avoir une latence de 4 secondes. Ici, ils ont quasiment repris cette dernière. Laisser les réglages par défaut du jeu c’est l’assurance de criser en lançant sa première partie. Pro-tips : poussez la sensibilité à fond et vous retrouverez un temps de réaction presque raisonnable qui permet de rattraper bien plus facilement avec le stick droit les moments où la caméra yolote.

Bon je commence à m’énerver avec cette histoire de caméra alors autant expédier aussi les défauts flagrants du titre. Ne vous imaginez pas que celle-ci est constamment à la ramasse mais c’est suffisamment récurrent pour que ce soit notable. Il en va de même pour le frame rate et si le jeu semble constamment fluide PS4Pro, sur PS4 c’est souvent la fête du slip niveau FPS. Rien de comparable à Shadow of the Colossus sur ps3, bien heureusement, mais on note ça et là des petits ralentissements sans raison particulière. Il semblerait que tout ceci soit aléatoire selon les joueurs mais personnellement je n’ai connu qu’un seul passage de quelques secondes où vraiment j’ai dù passer à 10/15 FPS. Le reste du temps c’est largement jouable et surtout compensé par l’immersion sans faille du jeu qui nous fait rapidement oublier ses petits défauts technique.

J’ai eu plus de mal en revanche avec le système d’accroche automatique sur la bête qui donne souvent l’impression que le garçon fait du rodéo. Fun fact sur ce système, il arrive que durant l’aventure Trico vous prenne dans sa gueule et vous envoie en l’air pour vous faire retomber sur son dos. Et bien il m’est arrivé plusieurs fois de ne pas me raccrocher à l’atterrissage et de rebondir sur lui pour terminer dans un précipice. Pour le coup c’est plus drôle qu’autre chose mais ça reste des petits détails susceptibles de casser l’immersion. Tout comme lorsque notre compagnon refuse de faire ce qu’on lui demande, nous laissant penser que ce n’est pas la bonne solution. Dans ce cas on se met à chercher pendant de longues minutes un passage alternatif pour finalement revenir au point de départ et voir que c’était le bon chemin depuis le début.

Concernant la progression, on est sur du passage balisé et quiconque aura déjà fini Ico ne sera jamais vraiment perdu. En réalité je n’ai vraiment été bloqué qu’à trois endroits. Le premier c’était pendant un moment où il faut demander à Trico de plonger. Comme dit juste avant, j’ai passé 10 minutes à essayer de le faire plonger sans succès, il remontait toujours sur la rive. J’ai donc commencé à chercher pendant 20 minutes un autre passage sans succès pour finalement le voir plonger. On touche ici les limites des scripts puisque eboux m’a confirmé que lui avait réussi de premier coup. Toujours avec l’eau, le jeu contient une « impasse » sans aucune logique et dont seule la chance pourra vous sortir. Pour faire simple, lorsque vous arriverez dans une salle remplie d’eau avec une caisse à pousser, amenez la tout en haut à droite de la pièce, c’est le seul moyen d’en sortir mais strictement rien ne vous indique que c’est la marche à suivre. Enfin vers les 3/4 du jeu, j’ai dû recharger sans cesse une partie car je n’arrivais pas a attraper une corde tendue, jusqu’à penser là encore que ce n’était pas cela qu’il fallait faire.

Soyez prévenus, l’expérience pourra être aléatoire, voire frustrante et si certains ont même rapporté des crashs système ou des comportements totalement aberrants, je n’ai personnellement connu que ces 3 moments problématiques. L’important ne réside pourtant pas là car The Last Guardian ne se résume pas à toute cette partie vidéoludique bien au contraire. Sa force, son but, c’est de faire passer toute une palette d’émotions et de nous raconter une histoire magnifique pour les enfants mais encore plus pour les adultes.

 

 

Naissance d’un chef d’oeuvre

Attardons nous maintenant sur le plus intéressant de ce test. Tout ce que vous venez de lire ne peut résumer ce qu’est The Last Guardian. Parler uniquement de son coté jeu, c’est passer à coté de sa substance première, cette force qui permet au titre de rentrer dans l’histoire, de l’amener au sommet avec ceux qui vous immergent tellement dans leur univers que la frontière entre votre manette et votre écran disparait. Comment tout d’abord ne pas féliciter Sony, qui mérite toute notre reconnaissance pour avoir soutenu financièrement ce projet jusqu’au bout tout en laissant libre Ueda malgré les années qui défilaient. Car oui, c’est un fait, The Last Guardian reflette dans sa version définitive la vision initiale du créateur. Regarder le premier trailer de 2007, c’est l’assurance d’être étonné d’y trouver tout ce que l’on croise dans le jeu, y compris des passages complets. Trico est exactement tel qu’on nous l’avait promis, tout aussi détaillé, tout aussi touchant. 

On a pu lire beaucoup que ce jeu ressemblait à un jeu ps3. Je ne comprend pas cette affirmation. Je trouve ce jeu magnifique. Avec sa direction artistique c’est la claque assurée à chaque plan extérieur. Alors oui, la lumière saturée vient en renfort pour limiter la distance d’affichage mais ici elle est aussi bien utilisée que le brouillard de Silent Hill. Se retrouver face au vide devant des palais de pierre lointains avec Trico à nos cotés et ses centaines de plumes indépendantes chatouillées par le vent, le tout baigné dans une intense lumière divine… franchement tout cela vaut bien quelques concessions. On s’émerveille aussi des animations du garçon qui sont presque trop détaillées. Et bien entendu, il y a Trico. Ses animations à lui sont si réalistes qu’on distingue sans problème les attitudes qu’il récupère du chien, du chat ou des oiseaux.

Ueda est un artiste, un vrai. Le jeu vidéo a été pour lui le moyen d’exprimer son art comme Bansky se sert de ses graffitis. The Last Guardian est son chef d’oeuvre, la synthèse d’un minimalisme de gameplay au service de son histoire. Cette histoire magnifique entre un garçon et un animal sauvage, compagnons d’infortune qui vont apprendre à se connaitre, à communiquer et à s’aimer (mais rien de sexuel). Il est d’ailleurs intéressant de revenir sur les caméras qui ont fait hurler tant de joueurs. Si pendant les phases de jeu il arrive qu’elles perdent le nord, elles servent aussi à provoquer des plans magnifiques. Pour cela, il faut rester immobile et attendre 3/4 secondes pour découvrir que, lentement, la caméra se positionne derrière le garçon à hauteur de tête et ne laisse plus qu’apparaitre Trico qui le regarde. Rien que de l’écrire cela me fait un petit quelque chose, car quand cela arrive, Trico ne regarde pas que le petit garçon (il n’est plus à l’écran), mais bien vous. Son regard vous fixe et la magie de The Last Guardian se révèle. Il est là, gigantesque, superbe et surtout bien vivant.

Peut être que tout le monde ne sera pas sensible à ce lien avec Trico mais en comparant mon expérience avec eboux, je constate que nous avons eu les mêmes réactions. Par exemple, après un combat, Trico devient nerveux et il faut le calmer avec des caresses. Ça a l’air de rien mais on ressent de la tendresse lorsque notre avatar frotte gentiment les plumes de notre ami. C’est encore plus flagrant quand Trico recherche le contact de lui même. Il approche sa tête à hauteur du garçon, signifiant clairement qu’il désire une caresse. Lorsque cela se produit, le 4ème mur est cassé une fois de plus. La seule chose qui nous manque sur la manette c’est la sensation du touché. Ces petits moments de joie sont tellement intenses qu’on finit par lui faire des caresses sans aucunes raisons toutes les 5 minutes juste dans l’espoir d’être certain qu’il sache que l’on tient à lui.

Enfin dernier point fort de ce jeu dont l’intensité ne fait que monter crescendo : son histoire. Racontée par l’intermédiaire de 3 petits flashbacks et d’une longue séquence de fin, on frise la perfection narrative. Elle vient en complément de l’histoire en jeu qui, elle, est constitué de ce que vous allez vivre et rend le tout incroyablement touchant et cohérent. Plusieurs semaines après l’écran de fin, j’y pense encore régulièrement. Ce jeu reste sous la peau car on sait après l’avoir terminé que ce que nous venons de vivre n’a jamais été fait avant lui ou tout du moins reste extrêmement rare dans notre industrie. 

 

Conclusion

Certains jeux comme certains films ne devraient jamais avoir de suite pour ne pas diminuer leur impact. The Last Guardian n’aura jamais de suite mais devrait peut être même n’être joué qu’une seule fois. Il garderait ainsi dans notre mémoire une place spéciale et ne serait jamais entaché par un deuxième run qui pourrait paraitre long ou sans surprise. Au moment de dire adieu à Trico, on est heureux de ne pas avoir attendu aussi longtemps pour rien. Quelque soit ses défauts, le jeu de Ueda devient instantanément culte. Un superlatif si galvaudé de nos jours mais qui trouve ici son plus beau représentant. Si l’on ne devait juger que sa partie technique ou son gameplay, je lui donnerai peut être la note de 6 ou de 7. C’est là que tout le coté expérience rentre en compte. Servi par des musiques sublimes, une direction artistique folle et des émotions incroyables, The Last Guardian mérite son 10. C’est une expérience que l’on oublie pas et qui montre la voie pour les productions futures. Ce n’est pas un rapprochement avec le cinéma qu’il faut rechercher mais bien vers l’art dans sa forme la plus pure. The Last Guardian, projet de la maturité dans le triptyque Ueda, nous emmène dans cette voie. 

 

Les plus

  • Direction artistique de folie
  • Trico plus vrai que nature
  • L'histoire
  • Musiques superbes
  • Le lien entre l'enfant et la créature
  • Panoramas de folie

Les moins

  • Camera molle...
  • ...et un peu folle
  • Facile
  • Frustrant par moment
  • Les collisions pas toujours au taquet

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