Bâton de joie

Blabla vidéoludique non influencé
et probablement orienté.
¯\_(ツ)_/¯
Nintendo Pocket Football Club - 3DS
Support : 3DS
Le 11/02/2015 - 15:18, par Wedge

Tonton Nintendo n’étant pas la prince du Qatar chère à Léonardo, il a souvent besoin d’argent. Heureusement il a encore trouvé un nouveau concept du tonnerre pour assurer ses fins de mois  : ressortir des jeux sortis uniquement en téléchargement sur l’E-shop et les proposer à la vente en magasin au travers d’une boite contenant… un code de téléchargement (ne riez pas, c’est très sérieux…).  Après le bundle Mario vs Donkey Kong c’est Nintendo Pocket Football Club qui se voit offrir cette seconde sortie dans bacs. Et comme on était passé à côté pour sa sortie virtuelle mi 2014, on a décidé de rattraper le coup. Enfilez votre plus beau survet’ de prof d’EPS, préparez votre touillette à mâchonner et rendez-vous sur le pré !

Minimalisme forcené

La simulation de management sportif est un monde à part. Quasi exclusivement dédié au football dans nos contrées, le genre est écrasé sous le poids du maitre Football Manager qui a conquis l'ensemble du marché et réduit la concurrence à néant. Enfin pas vraiment toute la concurrence, puisque tel un célèbre village gaulois, un petit soft sans prétention a décidé de se rebeller contre l'envahisseur. Ce petit soft c'est Nintendo Pocket Football Club. Et comme rien ne sert d'essayer de singer le maitre pour le battre, la « « « simulation » » » (appréciez le nombre de guillemets) de Nintendo a pris un tout autre chemin, celui du minimalisme jusqu'à l'excès.
En effet, si le début d'une partie ressemble à s'y méprendre à n'importe quelle simulation de coaching la suite est bien différente. Une fois son avatar  à base de Mii et son club (nom, blason, maillots) créés on est en effet balancé sur un écran fixe représentant un complexe sportif où ne figurent que 5 options : entrainement, match, gestion du club, jeu en ligne et sauvegarde.

Je reviendrai spécifiquement sur l'entrainement et les matchs plus tard dans le test mais les autres sections annoncent déjà la couleur. En guise de gestion de club, il n'est possible que de tenter de recruter des joueurs libres ou sous contrat avec la concurrence et de décider de prolonger ou non d'une saison les contrats de ceux de notre effectif lors de la pause estivale. Ne vous attendez toutefois pas à pouvoir recruter vos star préférées, le soft n'est doté d'aucune licence officielle… A côté de ca, pas d'adjoints à embaucher, pas d'infrastructures à moderniser, juste une vieille secrétaire se permettant de temps à autre de vous glisser un conseil ou de vous rappeler la date de clôture du mercato.  Et même coté transfert, on simplifie à l'excès. Vous avez un budget global pour l'année selon la division dans laquelle vous évoluez, chaque joueur a un salaire non négociable, à vous de composer votre équipe selon ces 2 variables, tout en sachant que le transfert des joueurs sous contrat ne coute rien, on ne paye que leur salaire. Simplement, ceux-ci ont des chances d'accepter de vous rejoindre inversement proportionnelles à leur émoluments. Un joueur libre ou au salaire inférieur à la moyenne signera à coup sûr. Tandis que les stars des divisions supérieures ne vous accorderont pas la moindre attention. Coté jeu en ligne, rien de bien folichon non plus. On peut faire des matchs ou des transferts entre amis et c'est tout.

Sami Traoré utilise chevauchée fantastique, c'est super efficace !

Maintenant qu'on a fait le tour du propriétaire, attaquons nous au cœur du jeu : l'entrainement et les match. Et là aussi Pocket Football est pour le moins… atypique.
Coté joueurs oubliez les dizaines de stats compliquées, on se contente d'une petite dizaine de critères noté de E à A (puis S pour super) tels que tir, vitesse, saut, volonté, technique… Vous avez le droit d'entrainer vous poulains 1 fois par semaine pour améliorer leurs stats. Et pour ce faire, il faut utiliser des cartes associées à des exercices spécifiques comme tête, dribble, musculation, séance vidéo… En les combinant intelligemment on obtient des combo qui démultiplieront leurs effets. A force de l'entrainer dans un domaine précis, on fait changer le joueur de type pour le spécialiser. Par exemple un attaquant pourra être sprinteur ou buteur, un milieu travailleur ou meneur et un défenseur spécialiste de la défense en zone ou du marquage individuel. Mais vous pouvez aussi faire de votre goal un buteur, c'est vous qui voyez comme diraient ces neuneus de Chevalier et Laspales… Bref ce jeu c'est un peu le Pokémon du football. En lieu et place de 6 petites bestioles, vous avez juste une vingtaine de footeux à gérer. Le concept est donc extrêmement basique mais a le mérite d'être ultra facile d'accès et d'avoir un coté étrangement addictif. On se surprend ainsi souvent  à prolonger plus que de raison une partie juste pour voir son buteur vedette passer au niveau supérieur en tir ou tenter de découvrir de nouveaux combo avec les cartes d'entrainement.

Ces fameuses cartes d'entrainement justement, elles ne tombent pas du ciel. Pour les gagner il faudra passer par les matchs. En effet, lors de chaque rencontre, votre avatar notera automatiquement chaque boulette de votre équipe (tir foireux, défense indigne, physique déplorable, vitesse d'escargot corse ou zub-relance…) ce qui créera automatiquement une carte d'entrainement correspondante pour remédier au problème. Et des boulettes ils vont en faire vos protégés… En commençant la partie avec des tanches et quelques jeunes prometteurs au fin fond d'une division obscure, vous n'aurez forcément pas droit à du football champagne et il va falloir en faire des entrainements. Petit carton rouge au passage aux équipes spéciales à télécharger pour des matchs amicaux qui feront progresser votre effectif à vitesse grand V dans un domaine précis (défense, attaque, technique, etc…). Même le petit jeu rebelle cède aux sirènes du foot-buisness…

Pour revenir à la nullité de votre premier effectif, il faudra pourtant bien arriver à la surmonter et à remporter des matchs pour grimper les échelons et satisfaire les supporters (décevez les trop et vous serez viré !). Pour cela, vous pourrez tenter d'influer sur le comportement de vous ouailles de plusieurs manières. Tout d'abord, la formation et la compo d'équipe. Que du classique encore une fois, mais c'est assez complet. Les formations de base sont là (433, 442, 451, 352, etc…) et on peut ensuite modifier le placement de chaque joueur de façon plus précise. Ensuite vous pourrez paramétrer votre style de jeu et la position globale de votre groupe sur le terrain. En gros jouez offensif et avec un bloc agglutiné sur la surface adverse si vous affrontez bien plus faible que vous, jouez défensif avec un bloc étalé pour des contres fulgurants ou dressez un mur infranchissable devant votre goal si vous vous sentez l'âme d'un Mourinho période Inter Milan (oui vous pouvez aligner votre attaquant vedette arrière gauche, vous avez le droit).  On distingue mal la différence entre les 2 variables mais combinées de façon cohérentes elles ont un réel impact sur la partie qui va se dérouler ensuite. Dernière variable d'ajustement, le marquage  ciblé sur certains joueurs adverses semble lui ne strictement servir à rien.

Une fois les réglages faits on se lance dans la partie et on voit apparaitre les cotes des bookmakers avant le traditionnel toss pour déterminer qui engagera. Si elles ne vous donnent pas vainqueurs préparez-vous à de belles frustrations, car une fois le coup d'envoi donné, vous avez a peu près autant de chances d'influer sur le résultat de la partie que Laurent Blanc de choisir les joueurs qui composeront son équipe l'année prochaine. On a vraiment le sentiment que si la machine a décidé au départ que vous perdrez, vous perdrez quoi qu'il arrive. Peu importe si vous blindez votre défense après avoir ouvert le score, vos joueurs continueront d'attaquer et se feront probablement prendre en contre. Peu importe que vous tentiez un hourra football sur le dernier quart d'heure, votre onze restera aussi recroquevillé qu'au départ si vous lui aviez demandé de bétonner. Notez que ca fonctionne aussi dans l'autre sens. Il est presque impossible de perdre un match que les pronostic donnaient comme largement gagné, même en plaçant après 10 minutes de jeu le goal avant-centre et un défenseur doté de la vision et la vivacité de Gregory Bourillon à la mène… Tout ça fait quand même salement tâche pour un jeu de management et de gestion… et fout un sacré coup de canif dans un gameplay qui bien que simple se révélait finalement plaisant…

Sex, Drugs and Cyrill Roll (ou presque)

Une fois qu'on a fait ce triste constat, on se dit que c'est terminé, que la chose intelligente à faire c'est de poser sa 3DS et d'aller s'adonner à un autre soft plus intéressant ou d'aller taper la balle pour vrai plutôt que de perdre son temps avec ce gameplay aussi bancal que totalitaire. Sauf que…

Sauf que si vous avez persévéré ne serait-ce qu'une demi saison vous êtes déjà foutus. Addicts sans le savoir ! Déjà le vicieux système de progression ressemblant comme à s'y méprendre à un croisement entre pokémon et un tower-defense sur navigateur web vous poussera sans relâche à faire progresser chaque joueur, petit à petit, inexorablement... Ensuite, ce sont les matchs et leur réalisation qui vous rendrons accros ! Oui, oui, leur réalisation ! Si vous avez jeté un œil aux quelques captures d'écran illustrant ce test vous vous dites probablement que je suis fou. Comment un tel ridicule amas de pixels pourrait-il se prévaloir de ce genre de chose ? Et bien c'est là toute la magie de Nintendo. Avec ce minimalisme forcené allié à des animations surprenantes et une physique de balle étonnamment cohérente, chaque action est suggérée tout en étant suffisamment crédible pout qu'on se l'imagine en vrai. Résultat, on saute du canap' sur une reprise de volée en lucarne comme devant celle de Zizou face à Leverkussen, on applaudit son petit défenseur qui vient de réussir un sombrero par-dessus l'attaquant avant de relancer d'une transversale magique, on crie au génie devant une roulette réussie. Et tout ça pour des petits bonhommes de 3 pixels de haut jouant avec un ballon faisant la moitié de leur taille. Et il faut voir les célébrations de buts, la chenille, le berceau, le powerslide, etc… Bon évidemment c'est tout de suite moins plaisant quand un mouton semi mongolien de défenseur se fend d'une passe à l'adversaire en pleine surface ou qu'un gardien manifestement pas fini se troue sur un tir mollasson venant du milieu de terrain que même Mickael Landreau aurait arrêté. Mais indéniablement les émotions du foot sont là et c'est aussi génial que totalement inattendu. Parce qu'il faut bien le dire, même si on a que peu de prise sur les évènements, le suspense est très souvent là dans les matchs équilibrés et quand il est combiné à l'enjeu d'une montée ou d'une relégation, le stress est là !

Résultat on finit par enchainer les parties malgré la frustration de cette impuissance sur le cours des événements (qui n'est peut-être d'ailleurs que le véritable reflet de la condition de certains coachs). On entraine ses gros nuls pour les voir devenir des stars, on recrute un nouvel attaquant pour faire trembler les défenses, et on relance un match, encore, et encore. On s'énerve de ne rien pouvoir faire à une défaite, on célèbre une victoire comme si notre remplacement à la 80eme avait totalement changé la donne alors qu'on sait qu'il n'en est rien… Bref on est un peu masochiste tel un supporter d'un club en galère qui chaque samedi se dit que cette fois ci ça sera différent, que ça sera la bonne… Et je sais de quoi je cause en termes de masochisme footballistique, je supporte le Losc de René Girard ! Le pire dans tout ça étant qu'une fois accrochés la bête ne vous lâchera pas de sitôt avec ses 4 divisions à écumer et sa coupe du monde des clubs à conquérir !

Conclusion

Etrange animal que ce Nintendo Pocket Football Club. A la fois simplet et addictif. Aussi frustrant qu’euphorisant. Son gameplay basique et minimaliste est sauvé par une réalisation surprenament géniale où de petits bonhommes a peine plus hauts que la balle vous font passer autant d’émotion que votre club favori. La frustration de ne voir quasiment aucun de ses choix avoir une influence une fois un match lancé est compensée par le stress, la tension et dans les meilleurs cas la joie de voir son équipe jouer et s’imposer. Définitivement pas à mettre entre toute les mains, Pocket Football Club se doit d’être testé quelques heures avant un achat qui sera forcément un peu masochiste. Quant à lui donner une note, je serai bien embêté, mon esprit cartésien lui collerait un méchant 3 quand mon âme de supporter se laisserait aller à un joli 6 ou 7. Mais bon après tout je m’en fous, je lui met un 5 pour couper la poire en deux et débrouillez-vous ! Moi j’ai une montée en 1ere division à assurer et un petit milieu de terrain à finir de transformer en Platini !

Les plus

  • Esthétique et animations réussies et attachantes
  • Les vraies émotions du foot en quelques pixels
  • La mécanique de progression addictive
  • Simpliste mais efficace

Les moins

  • Gameplay torpillé par l’absence d’influence des décisions prises en cours de match
  • Actions au final assez répétitives
  • Beaucoup trop simplifié et basique pour les puristes.

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