Bâton de joie

Blabla vidéoludique non influencé
et probablement orienté.
¯\_(ツ)_/¯
The Evil Within - PS4, Xbox One
Support : PS4 et Xbox One
Le 11/11/2014 - 19:14, par Dayton

Sûrement révolté par le traitement infligé par Capcom à la série qu’il a su à lui seul créer et réinventer, Shinji Mikami avait une ambition avec The Evil Within, celle de revenir aux sources du survival horror. C’est avec son tout nouveau studio de Tango Gameworks qu’il s’est attelé à la tache afin de fournir une expérience hardcore dont les influences aperçues dans les différents trailers se veulent avant-tout un condensé de tout ce qui a fait le succès des plus grands titres du genre, Resident Evil et Silent Hill en tête. Le jeu étant disponible depuis quelques semaines dans toutes les bonnes crémeries, il est temps de vous livrer notre verdict la tête reposée.

C’est l’histoire d’un flic

The Evil Within emprunte plus à Resident Evil qu’à Silent Hill pour son scénario. Entendez par là que la série Z légèrement nanardesque est en embuscade dans un coin. Le jeu commence dans le feu de l’action sans réelle présentation. Vous êtes l’inspecteur Sebastian Castellanos et vous êtes appelé en renfort avec deux autres collègues pour une situation étrange se déroulant dans un hôpital psychiatrique de la ville de Krimson. A votre arrivée, le mystère se met en place puisque vous découvrez que l’ensemble des forces de police présentent ont disparu ou ont été massacrées. C’est lors de vos fouilles des lieux qu’un mystérieux personnage nommé Ruvik arrive et vous projette dans un monde étrange et dangereux. Pendu par les pieds, un boucher découpant des cadavres sur fond de musique classique, votre première mission consiste à vous échapper et accessoirement à apprendre les bases d’un gameplay qui se veut classique, mais qui emprunte lui aussi à de nombreux autres titres du genre, The Last of Us compris.

Si le scénario ne se veut pas un modèle du genre ni de complexité, sa grande force réside dans la subtile ligne qu’il entretient entre raison et folie. A la manière d’un Silent Hill, on se demandera constamment au fil de l’aventure si Sebastian devient fou ou s'il vit véritablement les évènements dérangeants se déroulant devant nos yeux. L’intrigue est surtout un bon prétexte pour les développeurs de nous offrir des environnements variés dont la cohésion est parfois loufoque. Forêt, ville dévastée, monastère, sous-sol cradingue, manoir, etc..., tous les clichés du genre y passent, renforçant encore un peu plus le coté gloubiboulga du titre.

Déjà vu

On se souvient tous de l’orgie que provoquait manette en main le cultissime Resident Evil 4, et nous étions en droit d’attendre la même sensation de qualité avec The Evil Within. Shiinji Mikami emprunte ici une voie risquée, mais en même temps très intelligente puisque que le gameplay est une rencontre subtile entre la maniabilité aux petits oignons de son grand frère spirituel et l’imprécision inhérente aux jeux de Konami comme renforcement de la peur par le gameplay. Sebastian Castellanos est assez lent, sa visée loin de valoir celle des meilleurs snipers, et ses déplacements lourds. Pourtant cela fonctionne. Jamais vous n’aurez l’impression d’un mauvais calibrage ou d’un tir manqué à cause du système. La balance est équilibrée, ni trop facile, ni trop punitif, c’est l’exemple parfait de ce qu’aurait dû être celui de Resident Evil 5 si Mikami s’en était occupé, et qu’il avait réalisé que le 4 avait bien trop penché vers l’action.

Visée à l’épaule, munitions en quantité très limitée et mode furtif, voilà les bases du titre. Les monstres étant souvent bien plus nombreux que ce que votre stock d’armement vous permet de trucider, il vous faut constamment analyser la situation pour réfléchir au meilleur angle d’attaque. Le mode furtif fonctionne comme celui de the Last Of Us : Sebastian marche accroupi afin de faire moins de bruit, et peut ainsi arriver par derrière et surprendre l’ennemi d’un grand coup de couteau dans la tête. Tentant mais assez difficile à placer. Ce genre de coup demande vraiment à être réfléchi et d’être sûr qu’un autre ennemi ne se cache pas dans un recoin à proximité, ou c’est la punition immédiate. Si vous êtes plutôt du genre expéditif, vous pouvez compter sur un arsenal des plus complets avec les classiques pistolets, fusil à pompe ou de snipe, mais c’est surtout l’arbalète qui se révélera votre meilleur atout.

Celle-ci possède différentes munitions aux propriétés distinctes. Cela va du feu aux explosifs, en passant par la glace et l’aveuglement. Tout ce qu’il vous faudra, c’est de fabriquer des carreaux à l’aide de pièces détachées récupérées sur des pièges. Le choix vous appartient et ce sera à vous de décider s'il vaut mieux laisser ce dernier au mur pour surprendre un ennemi avec, ou le démonter pour récupérer quelques munitions supplémentaires. The Evil Within propose ainsi au joueur des choix constants, accentuant une pression de tous les instants, et cela jusque dans le système d’upgrade. Régulièrement vous aurez la possibilité de revenir dans une salle de sauvegarde qui vous servira aussi à augmenter vos capacités ainsi que celles de vos armes. Reposant sur un liquide vert droppé par les ennemis et servant de monnaie d’échange, chaque caractéristique coûte un bras et demande là encore quelques instants de réflexion afin de calquer le gameplay à votre style de jeu. Exemple typique : mieux vaut-il augmenter votre stock de munitions de fusil à pompe ainsi que de pistolet ? Ou pour la même somme uniquement un petit peu votre barre de vie ?

Le liquide vert peut aussi être ramassé de temps en temps en fouillant les décors, mais ce sont les plus gros ennemis qui en rapporteront le plus. Ces situations entrainent un regain de tension car se défaire d’un méchant coriace est la promesse d’une grande perte de munitions potentiellement cruciale pour la suite. Les plus faibles en laissent aussi quelques fois, mais il vous faudra les brûler au préalable sous peine de les voir réapparaitre. Une fois encore le sadisme du père Mikami ressurgit puisque les allumettes sont en quantité limitée, obligeant le joueur à user de stratégie pour empiler les corps et tous les bruler d’un coup. Si vous ne l’avez pas encore compris, The Evil Within est un jeu difficile dans la plus pure tradition des jeux d’un temps révolu, à tel point que son mode normal peut facilement être comparé à un niveau difficile dans n’importe quel jeu d’aujourd’hui.

La difficulté est-elle un problème ? La réponse est non car pour le coup, elle fait même plutôt plaisir et instaure une tension supplémentaire. The Evil Within est un jeu bien calibré de ce coté-là, et ce jusqu’aux sauvegardes couplant astucieusement automatisme et salle d’enregistrement manuel. Les niveaux sont longs et le titre n’étant pas un jeu composé de bactracking, les developpeurs ont été assez astucieux. Ainsi après un passage difficile, vous aurez droit à une sauvegarde automatique mais à différents endroits du niveau. Vous trouverez aussi des points sauvegardes qui vous permettront non seulement d’enregistrer votre progression, mais aussi de réaliser les fameuses upgrades de votre équipement décrites plus haut.

Finitions manuelle

Deux choses frappent dans le titre de Tango Gameworks. La première, c’est l’incroyable direction artistique qui nous en met vraiment plein la vue et plein les tripes. Les environnements sont crades à souhait, tout en étant  irrésistiblement beaux par moments, mais assez laids la plupart du temps avec des textures qui apparaissent à la bourre, des cafards évoluant sous formes de misérables sprites en 2D et j'en passe. Difficile cependant de faire la fine bouche devant certains panoramas à tomber, comme ce lac de nuit bercé par la lumière de la Lune et nappé de brouillard, ou encore ce monastère au loin que l’on croirait sorti d’un Castlevania Lords of Shadows premier du nom. Tout est fait pour renforcer l’ambiance et on assiste une fois encore à une rencontre géniale entre Resident Evil et Silent Hill. Les ennemis sont aussi assez variés et proposent un style dérangeant, évitant l’écueil de Silent Hill Downpour dont les vilains pas beaux n’inspiraient pas grand chose à part un manque flagrant de créativité. Coté graphismes il y a pas à dire, on est pile poil dans ce que doit être un survival horror digne de ce nom, mais l’attention que l’on porte aux détails renforce encore plus ce sentiment de manque flagrant de finition du jeu.

On arrive naturellement au deuxième point et vous ne le saviez peut-être pas mais The Evil Within propose obligatoirement un mode cinémascope. En clair, vous avez deux grosses bandes noires en haut et en bas de l’écran pour une image type cinéma. Officiellement c’est pour renforcer l’immersion et le coté film de la chose et nous serions tentés de le croire, Mikami nous ayant déjà fait le coup avec RE4 qui était, si on ne dit pas de connerie, l’un des premiers (si ce n’est le premier) à proposer du 16/9ème sur nos consoles. Pourtant une autre version plus dérangeante existe, et après 20 heures de jeu elle semble bien plus proche de la réalité. Il faut se souvenir que jusqu’à cette année, chacune de ses présentations officielles avait été effectuée en plein écran et à chaque fois les retours de la presse étaient unanimes : le jeu n’était pas très beau et ça ramait à mort. Il semble donc que ne réussissant pas à optimiser leur code les développeurs ont opté pour l’amputation pure et simple d’une partie de l’affichage pour soulager nos pauvres consoles, et ainsi proposer une expérience avec une bonne résolution et un minimum de 30 images secondes. On dit ça parce qu’il est flagrant manette en main que le jeu n’a pas du tout été pensé pour être joué avec ses bandes noires tant elles empiètent sur la lisibilité par certains moments, et empêchent de voir certains détails cruciaux comme des munitions ou des pièges aux sols.

Resident Hill de Jacob

Ce qui fait la force de The Evil Within est aussi son plus gros défaut. Certes le jeu fonctionne très bien comme le best of du genre qui l’a vu naître. Les influences sont là, les clins d’oeil aussi, et on ne va pas cacher que vers le début du jeu le fait de pénétrer dans un village pour une mission se voulant le remake de l’arrivée chez les paysans de RE4 ne file pas un gourdin immense. Pourtant, ce fan service à outrance et ce changement constant de décors, même si ils sont tous plus réussis les uns que les autres, entraîne fatalement un manque de cohérence vraiment dommageable. L’aventure dans son ensemble peine à trouver une identité propre. L’ambiance n’est jamais véritablement la même et finalement il manque une âme à ce jeu. Ce petit plus qui le ferait rentrer dans l’histoire. Au lieu de cela, on assiste à une aventure qui filera une trique pas possible aux fans de la première heures et autres déçus de Resident Evil, mais qui sera vite oublié le jour où un véritable jeu de la trempe de Silent Hill 2 ou de Resident Evil Rebirth pointera le bout de son nez. D’ailleurs et tant que nous sommes dans les reproches, on pourra noter que c’est quand même idiot de ne pas proposer la VO alors que les langues allemande et espagnole sont présents sur la galette. Ce n’est pas que la VF est pourrie, loin de là, mais nous sommes en 2014 et il serait bon que les éditeurs laissent aux moins le choix aux joueurs qui le désirent.

The Evil Within reste malgré tout un jeu plaisant à parcourir, doté d’un très bon sens du rythme (un chouilla moins maîtrisé sur la fin). Les séquences s’enchainent et les seuls moments de répit offerts sont ceux des salles de sauvegarde. Si l’histoire n’est pas mémorable, elle a au moins le mérite d’être bien écrite et de donner envie de savoir ce qu’il en retourne, surtout que fait assez rare, on a vraiment du mal à deviner ce qu’il va se passer par la suite. C’est à souligner car il est de plus en plus commun de nos jours de réussir à comprendre les tenants et les aboutissants d’un jeu ou d’un film dès le début. On rendra aussi hommage au sound design instaurant une ambiance glauque et peu rassurante, épaulé par une bande son qui chatouille les oreilles avec ses notes de musique classique disséminées ça et là.

Pour résumer, on adore détester The Evil Within. Jamais ses défauts ne viennent empiéter sur ses qualités et il fourni malgré tout un produit qui délivre ce pour quoi il a été conçu. Provoquer la peur, le malaise constant, et des sessions de jeu éprouvantes qui ne laissent pas indifférents, aussi bien par sa direction artistique que par son gameplay. Il prouve aussi que si la génération précédente avait vu le déclin du jeu japonais, il serait bien présomptueux de les enterrer pour de bon. On rêve qu’il connaisse le succès car il réussi à prouver qu’un véritable survival horror, même mâtiné d’action et sans grande identité, reste largement supérieur à un jeu d’action soupoudré d’horreur sans âme. N’est-ce pas Capcom

Conclusion

The Evil Within est donc bien l’expérience qu’il se voulait être: un patchwork très réussi de l’ensemble des plus grands titres du Survival Horror. Doté d’un gameplay calibré entre la souplesse et le punitif, d’une difficulté relevée et d’une direction artistique de tout premier ordre, le dernier bébé de Mikami a tout pour plaire aux déçus et autres frustrés qui pestent depuis le précédent Resident Evil 5. Pourtant, à trop vouloir titiller la fibre nostalgique Tango Gameworks passe à coté de ce qui fait aussi le sel d’un titre de légende, à savoir une ambiance et une identité qui lui sont propres et qui auraient permis au jeu d'entrer dans l’Histoire comme la résurrection de la peur qui fait tache. Si on additionne à cela une réalisation en demie-teinte, on obtient avec The Evil Within un excellent jeu, mais qui ne laissera certainement pas une trace dans nos mémoires. Pourtant il la laissera dans nos slips grâce à des passages bien dégueulasses et une tension de tous les instants. On prend un énorme plaisir à parcourir cette aventure à la limite de la folie, et c’est bien là le principal.

Les plus

  • Direction artistique.
  • Un vrai survival horror.
  • Des références de partout.
  • Un condensé de ce qui se fait de mieux dans le genre.

Les moins

  • Réalisation technique aux fraises
  • Le format cinémascope.
  • Manque de personnalité.
  • Pas de VO.

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Commentaires

Sgt.BordelPortrait de Sgt.Bordel
11/11/2014 - 19:48

Très bon test qui me donne bien envie de me le prendre au final.

Toujours fan du style d'écriture de l'équipe Gamers. "Laissera une trace dans vos slips grâce à des passages bien dégueulasses et une tension de tous les instants" devrait être repris par les developpeurs pour mettre sur la jaquette.

Nobuteru YukiPortrait de Nobuteru Yuki
13/11/2014 - 12:59

Ils devraient tous crever pour l'imission de la V.O