Bâton de joie

Blabla vidéoludique non influencé
et probablement orienté.
¯\_(ツ)_/¯
Styx Master Of Shadows - PC

Styx, le test qui colle à la peau

Support : PC
Le 13/10/2014 - 12:53, par BouBouLL

En ce doux mois d’octobre, on dirait bien que les orcs sont à l’honneur avec un choc frontal entre un triple A de la Warner qui surf sur l’univers de Tolkien, et un petit studio français qui a son interprétation bien à lui de l’héroïque fantaisie. Tandis que l’un propose une grosse dose d’action et détripage d’Uruk-hai en masse, l’autre se positionne à l’exact opposée, prônant la finesse dans la peau d’une créature verte. Après Of Orcs and Men, Cyanide continue à développer son univers atypiques où les orcs jouent le rôle des gentils avec Styx  Master of Shadows. Exit le RPG tactique quelque peu barbant, Cyanide change sa recette tout en conservant un de ses personnages fétiches. On dira donc adieu à Arkail la montagne de muscles, pour se concentrer ici exclusivement sur Styx le goblin vil et fourbe,  maître des ombres et véritable roi de l’infiltration. Master of Shadows se pose d’emblée comme un jeu destiné aux puristes du timing, de la fourberie et des étranglements par derrière, mais est-il véritablement capable de détrôner les classiques du genre ?  

Green Thief 

L’univers installé par Of Orcs and Men dispose d’un postulat plutôt inattendu, une réalité dans laquelle les hommes ont eu peur des orcs et ont tout simplement décidé d’exterminer la race verte pour régler le problème. A partir de là, les géants verts se rebellent et tentent coûte que coûte de sauver leur peau dans une ultime mission suicide. Là où le premier titre propose d’incarner un duo, dans Master of Shadows vous incarnerez uniquement Styx, un goblin futé et solitaire plus jeune qui sévit bien avant le début de cette hypothétique extermination. Attiré par l’amour du risque et préoccupé par la puissance grandissante des hommes, Styx se met en tête d’infiltrer la forteresse d’Akenash, véritable Tour de Babel qui renferme et protège le précieux pouvoir des hommes, l’Arbre Monde. Cette espèce de gigantesque arbre de vie produit de l’ambre toxique et magique qui confère des pouvoirs spéciaux à quiconque en consomme. Et comme il est gourmand, Styx s’est mis en tête de s’emparer du cœur de l’arbre, rien que ça.

Flou de toi 

Si visuellement le titre mouline sous l’Unreal Engine 3, il semble vraiment plus taillé pour l’ancienne génération de machine que pour la nouvelle. En poussant les graphismes au maximum sur cette version PC, on s’étonne de voir des textures aussi floues et crados malgré un reste de rendu plutôt correct. L’éclairage dynamique, la fluidité à toute épreuve et la distance de vue font largement le travail et aident à la compréhension des environnements, tout en offrant une réactivité exemplaire. Un jeu d’infiltration qui tourne bien et qui reste lisible en toutes circonstances, c’est la clé pour une bonne expérience de jeu.

Mais malgré son statut de petit poucet et son petit budget, il faut avouer que Styx brille particulièrement par sa direction artistique qui se place dans la digne la lignée de Thief ou encore Dishonored. Le titre de Cyanide propose un univers légèrement steampunk, mêlant colonialisme et magie dans lequel on se plonge très facilement. Styx est un personnage auquel on s’attache assez facilement, toujours en train de râler seul dans son coin ou avec les rares protagonistes avec qui il va tailler le bout de gras. Si le corps de l’histoire n’est pas transcendant, l’histoire évolue tout de même à travers de nombreuses scènes particulièrement mal synchronisés. Même si ces doublages sont corrects, on reconnaît trop souvent les voix des acteurs gentiment apposé sur les nombreuses têtes des clones qui peuplent le jeu. Si certains passages sont présentés sous formes de dessins animés dans un style plutôt réussi, le reste des cinématiques se déroule in-game et permet de se rendre compteune fois plus de la pauvreté des textures qui casse vraiment le gros travail du design des personnages. Un peu triste pour un jeu PC de 2014.  

La tour infernale 

Outre les nombreux personnages génériques qui composent l'aventure, la véritable star du jeu se trouve être la forteresse d’Akenash. Malgré le fait que le jeu se déroule uniquement dans la tour, on y découvre un grand nombre d’environnements différents, et surtout une verticalité vertigineuse, la grande force du jeu. Si Styx aura pour objectif principal de se rendre à un point donné, le jeu est très loin d’être linéaire et les possibilités tactiques sont quasiment infinies. Cyanide nous donne ici une véritable leçon de level design en décomposant les missions en grandes zones de jeu, complètement ouvertes, terriblement fouillées et développées dans les 3 dimensions de l’espace. Les niveaux regorgent aussi bien de passages souterrains que de nombreuses corniches et balcons à escalader qui font que l’on se retrouvera souvent à se balancer à plus de 30 mètres du sol. 

Pour se frayer un chemin dans la tour, Styx est loin d’avoir deux mains gauches. Il est aussi rapide qu’il est discret, ce qui casse assez facilement les clichés de l’infiltration lente et soporifique. Styx est terriblement réactif, il peut sauter dans tous les sens sans broncher, et s’accrocher à à peu près tout ce qui est visible à l’écran... mais avec tout de même énormément d’imprécisions. Si la caméra n’est pas à la bonne place, il devient souvent impossible pour notre bestiole verte de comprendre où s’accrocher pour continuer à progresser, ce qui est assez frustrant de ne pas pouvoir se pendre à une corniche par une simple pression sur un bouton. Quand il ne reste pas bloqué au coin d’une corniche, Styx fait n’importe quoi lorsqu'il s’agit de sauter à un balcon. Plutôt que de rester suspendu et d'attendre le moment opportun pour éliminer un garde, il se hisse instantanément histoire de bien se faire voir, et pour finalement se retrouver empalé au bout d’une épée. Malgré ces errements, les déplacements sont dynamiques mais ont clairement le parfum d’une autre époque, ce qui a ses avantages (plus de libertés) et ses inconvénients (davantage d’erreurs possibles).  

C’est de l’ambre Docteur Grant 

Maintenant que vous avez l’avantage sur l’ennemi, vous allez pouvoir lui porter le coup de grâce, et les possibilités sont multiples. Armé d’une unique dague, le goblin sera capable de prendre les ennemis par surprise dans à peu près toutes les positions, et planquer soigneusement ces derniers dans les nombreuses caches disponibles à la manière de l’Agent 47. Pour rester tapis dans l’ombre, vous pourrez éteindre, de près ou à distance à l’aide de boulettes de sable, un grand nombre de torches, mais pas toutes histoire de garder un peu de challenge. Pour jouer les assassins ultimes, il va falloir progresser lentement et débloquer les capacités unes à unes car chaque objectif réalisé fournit des points que vous pourrez dépenser pour améliorer votre personnage.

De base, Styx est capable de tuer les ennemis par derrière oude  les éliminer à distance à coup de couteau chapardé ça et là. Mais pour augmenter le fun, il a eu la bonne idée de prendre un bain d’ambre de l’Arbre Monde, ce qui lui confère des pouvoirs surnaturels. Il sera donc capable de se rendre invisible pendant un court instant, ou encore d'activer une vision tactique qui mettra les éléments utiles en surbrillance (sans pour autant tagger l’intégralité des ennemis, ouf). Styx peut également invoquer et contrôler un clone goblin qui sera capable de traverser des petites grilles pour ouvrir des portes, ou encore piéger et immobiliser l’ennemi. Toutes ces capacités consomment de l’ambre et Styx devra retourner les niveaux pour trouver les quelques rares fioles qui s’y cachent.

Mais si vous n’aimez pas les fioritures, Styx pourra très bien utiliser son environnement en se cachant ou en faisant tomber caisses et lustres sur ses ennemis. L’ultime fourberie inspiré d’Hitman consiste à vomir copieusement sur de la nourriture ou de l’eau tout en attendant sagement qu’un garde un peu gourmand s’étouffe et passe l’arme à gauche. Styx ne peut malheureusement pas attirer volontairement l’attention des ennemis, mais se débrouiller pour faire tomber un cadavre de 15 mètres de haut sur un point chaud histoire de créer une diversion, ce qui sera toujours une bonne option. 

Long et dur, on en redemande

Les ennemis ne sont pas des cerveaux, mais leur réactivité se situe dans la moyenne des jeux actuels. Ils vont tout d’abord avoir l'impression de voir quelque chose jusqu’à en être certains, et c’est là qu’ils se mettront en quête du chapardeur. Systématiquement, si c’est possible, l’ennemi travaillera en équipe plus ou moins organisée pour vous trouver. Mais si vous parvenez à vous cacher, les gardes lâcheront vite l’affaire, à tel point qu’au niveau de difficulté normal on peut jouer le jeu du "tu me vois, tu me voisplus" pour évoluer sans se donner trop de mal. En cas de découverte de cadavre, les gars ratisseront la zone du crime, et si vous avez la bonne idée de vous cacher dans une jarre juste à côté, c’est là qu'ils regarderont en premier. Voilà qui corse clairement la difficulté par rapport à ce qui se fait dans les autres jeux du genre.  

Bien entendu, la tâche s’avère encore plus ardue au niveau de difficulté supérieur. En général, lorsqu’un ennemi vous poursuit, il alertera très rapidement ses amis pour espérer vous faire mordre la poussière. En cas d’alerte, il vous sera possible de fuire en courant pour votre vie en évitant les flèches et couteaux, mais comme les niveaux sont copieusement chargés en bad guy, on se retrouve très vite nez à nez avec un gros gaillard qui vous sèchera en 2 coups d’épées. Comme bien souvent, pris dans l’action vous n’avez pas pensé à sauvegarder. Et vu que les points de contrôle ne sont pas légion, il va falloir se retaper une bonne partie de la progression, et surtout sans refaire les mêmes erreurs. Styx n’a vraiment aucune chance en combat régulier et vu que vous allez également passer votre temps à sauter de poutre en corniche avec un taux de réussite qui atteint rarement les 100%, le jeu se transforme très rapidement en une sorte de Die & Retry particulièrement excitant ou énervant.

 

 

Mais si vous n’aimez pas la difficulté, le poulain de Cyanide n’est clairement pas fait pour vous. Au fil de l’aventure, de nouveaux ennemis entreront en scène pour corser la chose. S’il fallait déjà réfléchir et étudier les déplacements des nombreux ennemis classiques, les concepteurs ont eu la bonne idée d’intégrer un grand nombre de molosses increvables et d’archers cherchant leurs cibles aussi bien en contrebas qu’en hauteur. Le jeu regorgera aussi rapidement d’insectes aveugles et répugnants qui vous déchiquettent au moindre bruit. Et pour finir, vous devrez faire face à des elfes qui flairent l’utilisation d’ambre à des kilomètres. Et là, tactiquement, il va falloir faire des prouesses !  

Chacune des 7 missions rejouable à volonté se décompose en 4 grandes zones que vous pourrez parcourir comme bon vous semble pour partir à la recherche de reliques, ou pour remplir un objectif secondaire qui se trouve rarement sur le même chemin que celui de la mission principale. L’une des missions secondaires, particulièrement corsée, vous demandera d’éliminer une cible et de la transporter jusqu’à un point d’extraction. Quand on sait qu’en transportant un cadavre les mouvements sont limités et que l’exposition est accrue, c’est le genre de tâche qui peut vite tourner à la prise de tête. En général une mission se boucle en à peu près 2 heures, des suites de nombreux cris et arrachages de cheveux. Ce temps peut encore se rallonger assez facilement si vous faites tous les objectifs et que vous boostez la difficulté, ce qui représente donc un minimum de 15 heures de jeu pour en voir le bout. Voilà qui est donc plus que correct compte tenu du petit prix de lancement fixé à 30 euros, aussi bien sur PC que PS4 ou Xbox One.  

Configuration de test :

  • Windows 7
  • Processuer I5 4670K 
  • Carte graphique nVidia GeForce 770GTX 
  • 8Go de RAM DDR3 

Conclusion

Riche d’un gameplay exigeant mais un poil trop old school, Styx : Master of Shadows est une expérience hardcore d’infiltration résolument destinée aux puristes. Sa difficulté ne s’adresse clairement pas au grand nombre, mais son univers emprunté à Thief et Dishonored, et le charisme couplé à l’agilité de Styx forceront assez facilement le joueur à s'accrocher. Malgré un aspect visuel clairement daté et quelques soucis de déplacements, Cyanide a réussi à créer un personnage attachant, et surtout un level design fort intéressant, terriblement fouillé et tout en verticalité offrant d’énormes possibilités de gameplay. Avec un univers plus développé, plus de variétés, une vraie histoire avec de vrais personnages, et surtout une vraie plastique de 2014, Styx – Master of Shadow pourrait être un hit incontestable mais il reste malgré tout bien plus intéressant qu’un grand nombre de titre vendu au prix fort. A 30€, le titre des parigots pourrait être identifié comme le Dishonored du pauvre : pas aussi envoutant mais disposant d’un certain charme et de challenge, ce qui offrira une expérience facilement accrocheuse et plaira sûrement aux puristes.

Les plus

  • Le level design aux petits oignons.
  • Old school et hardcore.
  • Beaucoup de liberté.
  • Enormément de possibilités.
  • Une durée de vie conséquente.
  • Petit prix (30€)

Les moins

  • Techniquement daté.
  • Les sauts hasardeux.
  • Quelques oublis dans le gameplay.
  • Personnages secondaires génériques.
  • Histoire pas folichonne.

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Commentaires

KoKuOPortrait de KoKuO
13/10/2014 - 15:10

Tout cela m'intrigue je le choperai pendant des soldes steam !