Bâton de joie

Blabla vidéoludique non influencé
et probablement orienté.
¯\_(ツ)_/¯
Pokémon Saphir Alpha - 3DS
Support : 3DS
Le 27/11/2014 - 11:27, par Wedge

Entre Mario Kart 8 et les versions portable et salon de Super Smash Bros, la saison est au fan service chez Nintendo. Quoi de plus normal donc que de voir débarquer sur 3DS le remake des épisodes Saphir et Rubis de Pokémon qui restent parmi les plus prisés des fans ? Tout le monde rempile de ce fait pour un second voyage à Hoenn, plus de 10 ans après grâce à Saphir Alpha et Rubis Omega, histoire de voir si tout est toujours aussi bon que dans les souvenirs. Suivez le guide !

Vieux pots, meilleures soupes

Remakes obligent et encore plus quand il s’agit d’une série comme Pokémon, il convient de refaire le point sur le cœur du jeu largement importé des anciens volets avant d’attaquer les nouveautés de ces épisodes. Il y a en effet des recettes immuables chez Nintendo : Mario écrase les Goombas et sauve la princesse, Link se fait harceler par des fées relous et sauve la princesse, et le dresseur de Pokémon récolte 8 badges, devient maître, et sauve la princesse le monde. Comme à chaque opus, vous débarquez dans une minuscule bourgade où ne résident que vous, votre voisin(e) et rival(e), ainsi qu'un professeur Pokémon tellement calé que son Pokédex est toujours vide. Le professeur imposteur en question vous offre votre première bestiole et vous voilà parti à l’aventure pour défier les champions locaux et la fameuse Ligue Pokémon. Et comme d’habitude encore une fois, vous vous retrouverez dans les pattes d’une équipe de dresseurs mégalos dont il faudra déjouer les plans machiavéliques. Ca fait beaucoup pour un gamin, mais nous sommes en terrain connu.

L’attrait des épisodes Saphir et Rubis sur Game Boy Advance résidait pour beaucoup dans l’atmosphère de la région de Hoenn et dans sa mythologie, une des plus réussie de la série. De même, le petit scénario nous opposant à la Team Magma ou Aqua selon la version choisie se révélait des plus sympathiques (à défaut d’être passionnant) puisque l’on nous proposait de stopper les plans d’un leader très éco-terroriste qui serait une sorte de croisement entre Nicolas Hulot et Oussama Ben Laden (mais avec la jugeote de Ségolène Royal, sinon ca serait trop dangereux). Et puis ces épisodes étaient également ceux des fameuses bases secrètes personnalisables par le joueur. Tout cela est toujours présent dans Saphir Alpha et Rubis Omega, et participe beaucoup au plaisir de jeu.

 

 

Coté mécaniques, les bases de la série Pokémon sont bien là et font toujours aussi bien le boulot, tel un bon vieux plat de pâtes. Un peu austère certes, mais toujours efficace pour donner au joueur l’énergie d'aller là où il faut. On commence donc par étoffer sa collection de bébêtes en partant à la chasse dans les hautes herbes, on monte une équipe compétitive en couvrant suffisamment de types différents (le jeu étant toujours basé sur un système de type pierre/papier/ciseaux/lézard/Spock), on entraîne tout ce petit monde et on botte le cul de tout dresseur qui croiserait notre regard jusqu’à être seul tout en haut de la montagne. Et coté gameplay, on ne change pas non plus de solides fondations : 6 Pokémons par équipe, 4 attaques par Pokémon disponibles en quantité limitée selon l’efficacité, des objets pour gonfler les stats ou soigner, et roule ma poule (au pot). Les concours de dressage/beauté, gourmandise particulière des épisodes Game Boy Advance font également leur retour pour casser la routine du triptyque capture/entraînement/combat.

Bref tout est là, bien rangé à sa place, et c’est comme revenir en famille pour le weekend. Le confort est indéniable, papa Nintendo et maman Game Freaks sont au fourneau,ça sent bon dans la cuisine.

Nouvel assaisonnement, plus de piquant

Sauf que nos 2 cuistots ne se sont pas endormis sur leurs lauriers et ont décidé de savamment relever cette bonne soupe à l’ancienne pour en faire de la cuisine 3 étoiles.

En entrée, on a droit à un petit glaçage technique qui ramène les Saphir et Rubis originels au niveau des épisodes X et Y. Ca ne casse pas 3 pattes à un canard laqué mais ça a le mérite de ne pas jurer au milieu des autres plats proposés sur 3DS. Le style global restera quant à lui toujours une affaire de goût. Remake 3D ou pas, le coté kawai/niais, on supporte ou non mais c’est un peu un passage obligé étant donné le succès de la série chez les plus jeunes. On regrettera juste que les différentes villes n’aient pas été rendues plus vivantes. Si ça ne choquait pas trop à l’époque, c’est bien plus visible aujourd’hui, surtout après des derniers épisodes assez réussis à ce niveau.

Coté ambiance sonore, le menu a peu évolué et bénéficie simplement des meilleures performances auditives que permet le hardware récent de la 3DS quand on compare au son midi de cette bonne vieille Game Boy Advance. Les musiques de la série n’ont jamais été parmi les plus mémorables que Nintendo ait pu proposer pour ses titres phares, mais on n’a pas pour autant l’envie de couper le son. Les cris des monstres de poche tombent dans la même catégorie que le design général, on aime ou on aime pas.

Passons maintenant au plat de résistance, le gameplay, qui s’est vu agrémenté de mets des plus raffinés. Outre le système des méga-évolution qui fait son retour, la partie élevage/leveling/combat se voit dotée du système d’entraînement virtuel lancé avec les épisodes X et Y : le SPV. Rappelons que grâce à ce système, on peut facilement répartir les EV des bestioles de bas niveau vers les caractéristiques souhaitées (attaque, défense, vitesse, etc…) afin de les maximiser ensuite lors du leveling. Voilà qui épargne les très fastidieuses sessions de farming de Racaillou pour maximiser la défense par exemple. Et cette accessibilité a beaucoup renforcé le coté compétitif des combats en ligne depuis l’arrivée de la série sur 3DS.

Le online a d’ailleurs lui aussi bénéficié des améliorations apparues sur les versions Noire et Blanche, puis perfectionnées sur X et Y avec un matchmaking efficace, et surtout une accessibilité de tous les instants via le PokéNav (la petite montre multitâches du héros) tant pour le Versus (au passage désormais disponible en 2vs2) que pour les échanges. Plus besoin d’aller se traîner jusqu’à un centre Pokémon pour en profiter. Et le système des bases secrètes bénéficie également de ces progrès avec la promesse de pouvoir aller jusqu’à créer dans sa base sa propre petite arène que les autres joueurs pourront défier.

Mais revenons donc sur le PokéNav que l’on vient d’évoquer. Il apporte une des idées les plus géniales que la série ait vu depuis sa création : pouvoir savoir quel Pokémon on va rencontrer dans les hautes herbes ! Concrètement, sur l’écran inférieur de la 3DS s’affiche une représentation de la zone avec en couleurs les monstres qui la peuplent et que l’on possède, et en ombres les monstres vus mais non capturés. Déjà rien qu’avec ça, fini les interminables passages sur le Pokédex pour voir si on est bien sur la bonne route pour choper ce foutu Mimitoss qui nous fait défaut. En plus, cela pousse à la collectionnite parce que franchement, c’est énervant cette petite ombre qui reste là sur l’écran… ce serait tellement plus beau en couleur ! Mais le ketchup sur cette délicieuse barquette de frites, c’est que fréquemment l’écran du bas vous indiquera qu’un Pokémon précis se trouve tout près. A vous alors de marcher tout doucement grâce au stick analogique pour vous approcher des herbes qui remuent, vérifier si la bête qui y est cachée est bien celle que vous cherchez, et enfin vous jeter dessus. Et si vous en voulez encore, sachez que plus vous effectuerez de recherches/détections sur une espèce donnée, plus les spécimens qui se présenteront auront de chance de disposer d’un talent spécial et d’un potentiel élevé pour le combat. On parle même de grandement augmenter les chances de récupérer un Pokémon chromatique par ce biais, même si cela reste à vérifier concrètement.

Nous voilà bien rassasié, mais ce n’est pas fini. Tonton envoie le trou normand et on attaque le dessert. Pour finir en beauté leur nouveau repas, Nintendo et GameFreaks ont décidé d’inclure une jolie gourmandise à deux étages liée à la technique Vol. Avant, il n’était possible de se téléporter que devant les centres Pokémon des villes déjà traversées. Mais ça, c’était avant. Maintenant, on peut atterrir presque n’importe où : sur les routes, dans les lieux-dits, dans les chenaux, etc… Plus de limites ou presque. Le sentiment de liberté et la facilité de déplacement s’en trouvent décuplés, mais ca n’est pas tout ! Après avoir suffisamment avancé dans le jeu, il sera possible de faire appel à un Pokémon bien spécifique pour voler pour de vrai. Vous voilà, tel les héros de Secret of Mana, juché sur Flammy, capable d’explorer le ciel. A vous les îles cachées, les combats contre des hordes d’oiseaux, et les loopings aussi inutiles qu’indispensables.

Au final, tous ces agréments donnent un goût délicieux à Pokémon Saphir Alpha et Rubis Omega, mais ils donnent également envie d’encore plus, et pourquoi pas d’un épisode qui croiserait ses mécaniques caractéristiques avec les environnements totalement ouverts d’un Monster Hunter ou d’un Xenoblade tout en proposant des parties de chasse au Pokémon magnifiées.

Ressert toi, y’a du rab' !

En attendant cela, que les insatiables se rassurent, il y’a encore à manger, et même de quoi se faire éclater la panse. La trame scénaristique initiale se situe dans la moyenne de la série et offre déjà 15 à 20 bonnes heures de banquet, selon que vous souhaitiez ou non vous adonner aux petits à coté, comme les concours de dressage ou la plantation/collecte de baies. De plus, elle a été légèrement retravaillée par rapport aux épisodes initiaux et bénéfice d’un très bon rythme qui ne force quasiment jamais à faire de fastidieux aller-retours. Finalement, seule l’obligation de se trimbaler avec une mule à capacités spéciales (vol, plongée, force, surf, etc…) sur la fin de l’aventure pourra peut-être en énerver certains.

Par contre, on aurait aimé enfin pouvoir régler la difficulté du titre car très honnêtement, le challenge avant d’arriver à la Ligue Pokémon reste très limité pour les habitués, la faute comme souvent à des dresseurs dont les Pokémon présentent des niveaux bien trop faibles par rapport aux vôtres, et parfois à des comportements d’IA quelques peu bizarres (utilisation de techniques paralysantes sur un monstre déjà immobilisé par exemple). Les versions Noire et Blanche 2 avaient en leur temps proposé un système d’augmentation de la difficulté qui passait par un item spécifique que l’on récupérait une fois le jeu fini une première fois. Il est dommage que l’idée ait été abandonnée plutôt que poussée plus loin et proposée dès le début de Saphir Alpha et Rubis Omega. A défaut, on se contentera de désactiver un Multi-Exp aussi cheaté que sur la génération précédente, et de régler les combats en mode "Défini"  histoire de relever un peu le challenge.

Mais cette récrimination est au final vite balayée par l’immense plus de ces remakes : un post-game qui, contrairement à celui décevant des épisodes X et Y, s’avère juste dantesque. D’un point de vue scénaristique, ce sont 5 heures d’une trame entièrement nouvelle et créée pour l’occasion qui sont proposées, avec en bonus l’habituelle zone de combat et ses dresseurs retors ainsi que la chasse aux légendaires attitrés de l’épisode. Ici le trio des géants qui sont toujours aussi bien cachés (bon courage aux nouveaux ou aux vieux routards à la mémoire défaillante), et il faut croire que Nintendo était d’humeur particulièrement généreuse coté légendaire car dans le registre, cet épisode donne carrément dans la foire à la saucisse. Sans vous dévoiler lesquels ni comment vous pourrez les attraper, sachez que presque tous ceux qui n’étaient pas capturables dans X et Y font leur apparition, et que certains ne se laisseront pas faire facilement.

Enfin, comme toujours dans la série, si vous êtes un collectionneur ou un dresseur perfectionniste, aucune raison que vous lâchiez la console avant d’avoir fait tourner le chrono jusqu’à la bonne centaine d’heures de jeu. Même avec le Pokétransfert et la Banque Pokémon qui permettent de très facilement importer les petites bêtes capturées dans les épisodes précédents (à partir de Pokémon Noir et Blanc 2), il vous restera toujours quelques entrées à compléter dans votre Pokédex ou un nouvel élément à intégrer à votre équipe pour la rendre encore plus redoutable.

En bref, ces Pokémon Saphir Alpha et Rubis Omega seront à votre 3DS ce que le Nutella est à vos soirées télé : une drogue douce en vente libre dont on ne décroche que quand le pot est vide. Et quand ce sera le cas, comptez sur Nintendo pour vous caler entre les pattes un nouvel épisode bien rempli !

Conclusion

Cela fait 20 ans que Nintendo et Game Freaks nous servent du Pokémon et pourtant, pas de trace d’indigestion à l’horizon. Avec Saphir Alpha et Rubis Omega, la série continue de faire évoluer son système de jeu vers l’excellence et la modernité. Le fait que les originaux constituaient l'un des pics de la série en terme de plaisir de jeu et d’ambiance assurait d’emblée un succès. Mais personne ne s’est reposé sur ses lauriers et les innovations importées aux chapitres récents (système d’entraînement virtuel, online optimisé), comme celles complètement inédites (chasse au PokéNav, vol libre) apportent joie et allégresse aux collectionneurs maniaques comme aux dresseurs perfectionnistes. Les nombreux à cotés comme les concours de dressage et le post-game énorme assurent eux une durée de vie stratosphérique. Bref, si ce n’était pour un challenge un peu léger avant d’attaquer le post-game et une réalisation qui divisera toujours, on tiendrait là l’épisode ultime de la série. Les fans peuvent se jeter sur ce met de choix et les novices qui souhaiteraient découvrir là série se retrouvent face à un épisode idéal pour s'y attaquer. A table !

Les plus

  • Une formule qui marche toujours aussi bien.
  • Les bases solides de l’épisode originel.
  • Une des meilleures ambiances et mythologies de la série.
  • Les améliorations des chapitres récents incorporées.
  • Le système de chasse via le Pokénav.
  • Voler où bon nous semble.
  • Le post-game dantesque et son orgie de légendaires.
  • La durée de vie astronomique.

Les moins

  • Le challenge un peu trop limité avant le post-game.
  • L’impossibilité de régler la difficulté.
  • Graphiquement toujours kawai et un peu limité (et donc clivant).
  • Les villes font un peu vide.

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