Bâton de joie

Blabla vidéoludique non influencé
et probablement orienté.
¯\_(ツ)_/¯
Drive Club - PS4
Support : PS4
Le 07/10/2014 - 15:00, par radio

On le sait tous, lorsqu'un jeu se prend une année de report après avoir essuyé des retours plus que mitigés ça n'augure rien de bon pour le produit final. Cette triste constatation ne se vérifie que trop souvent et cela a valu a Driveclub une défiance certaine de la part des journalistes et des joueurs.
C'est dans ce contexte emprunt de fébrilité et d'interrogation qu'est arrivée entre nos mains la dernière livraison d'Evolution Studios, qui a la lourde tâche de porter haut les couleurs du jeu de bagnoles made in PS4, en attendant un GT7 encore bien fantomatique.
L'heure est enfin venue de savoir si les promesses sont tenues et les culs bottés, mais trêve de papotage place au test.

Down at the club

Le moins que l'on puisse dire c'est que durant les 19 mois qui ont séparé son annonce de sa sortie, Driveclub a été un jeu difficile à cerner. Arcade ou simulation? Solo ou MMO? Futur hit ou pétard mouillé? Nombre d'observateurs sont restés dubitatifs lorsqu'il s'agissait de mettre des mots sur le dernier né des écuries Sony. Un flou artistique, en partie dû à une communication pour le moins hasardeuse, qui a eu le don de laisser dans le doute les joueurs désireux d'enfourner un bon jeu de caisse dans leur PS4. Prenons donc un peu de temps pour mettre à plat la structure du jeu.

Le titre repose sur la base largement éprouvée du mode carrière. Ce mode est constitué d'événements, eux même composés d'une ou plusieurs épreuves. Chaque épreuve s'articule autour d'objectifs qui, s'ils sont atteints, vous octroient des étoiles. Plus vous glanerez d'étoiles, plus vous débloquerez d'épreuves , jusqu'à arriver au terme des 50 événements qui vous sont proposés.
Course, Time Attack et Drift, les types d'épreuves à disposition font parties des marottes du genre et ne surprendront personne. Niveau objectifs c'est déjà un peu plus frais car au delà des incontournables contraintes de position, chrono et score de dérapages, il sera par exemple question de pétage de vitesse de pointe, de précision dans les virages ou de propreté de conduite.

Tout cela est encapsulé dans votre profil pilote qui, via un monitoring constant de la qualité de votre conduite, octroie des points de réputation. Petits cousins des étoiles des PGR, ces points font office d'XP qui vous permettent de leveler, avec à la clé le déblocage des différents véhicules du jeu.

Jusque là rien de bien neuf il est vrai, Driveclub s’applique à faire une synthèse des références du genre mais c'est sans compter une brique supplémentaire qui vient compléter l'édifice et lui confère son originalité: le multijoueur

Connecting People

 A l'évocation du mot "multijoueur", j'en vois d'ici qui commencent à détourner le regard de leur écran dans un grommellement d’insatisfaction. Restez encore un peu, pas besoin d'aimer le jeu en ligne pour apprécier le multi de DriveClub (j'en suis la preuve vivante); séquence explications.

Si vous vous souvenez du principe de challenges de Motorstorm RC alors vous avez déjà une petite idée de l’orientation prise par Evolution Studios pour les défis de leur nouvelle production. Pour faire simple, lorsqu'au terme d'une épreuve vous êtes satisfait de votre performance, vous créez un défi, choisissez le/les destinataires et l'envoyez. Celui ou celle que vous avez défié recevra une notification et une invitation à jouer l'épreuve avec les mêmes paramètres que vous(véhicule, météo,nombre d'adversaires, difficulté etc..). Le résultat de chacun intègre un classement et lorsque la période de validité du défi arrive à terme (une donnée paramétrable d'au maximum une semaine), le plus habile remporte le jackpot de points de réputation, le second un peu moins et ainsi de suite. Tout au long de la vie du défi, tous les participants sont informés en temps réel de l'évolution du classement via notifications,. Ainsi, si un malotru vient vous déloger de la première place, vous pouvez de suite répliquer pour tenter de reprendre votre couronne.

Un défi ne vous intéresse pas?  Pas de soucis, vous pouvez tout simplement décliner l'invitation, si au contraire vous voulez en faire profitez vos potes, il suffit de le transférer. La même souplesse se retrouve lors de la création du défi. Le jeu conserve l'historique de vos différents exploits, ce qui vous permet de piocher à froid dans d'anciens résultats pour les soumettre à la dextérité des autres joueurs.
La gestion est on ne peut plus simple et crée une réelle émulation entre les joueurs. Plus les défis s’amoncellent, plus on a envie de les réussir, de rouler pour décrocher la meilleur place dans le classement. Plus on progresse, plus on diffuse de défis aux autres joueurs et ainsi de suite.

 Les développeurs avaient également à cœur de créer un esprit de communauté entre les joueurs, cela se traduit par la présence des fameux clubs. Composés de 6 joueurs max, ils ont leur propre jauge de réputation et leurs propres défis. Chaque joueur qui emporte des points dans son coin, en rapporte au club et fait ainsi progresser tout le monde (pour les plus narcissiques on indique même à quelle hauteur vous avez participé à la réputation du club). Il y a également des défis spécifiques appelés "défis clubs", fonctionnant sur le même principe que ceux décrit précédemment, à la différence près qu'ils ne sont plus attribués à un joueur spécifiquement mais au club. Vous ne vous battez donc plus seulement pour votre gueule mais pour la communauté et ça c'est beau. Au delà de la beauté du geste, faire progresser votre club donnera également accès à certains véhicules seulement déblocables par ce biais.
A l'image des défis, la gestion des clubs est très souple, à tout moment vous pouvez quitter un club (en perdant les avantages qui lui sont associés) pour un rejoindre un autre ou même en créer un nouveau.
Que les plus solitaires se rassurent, l'adhésion à un club n'est pas une obligation et vous pouvez rester indéfiniment un joueur indépendant, mais c’est prendre le risque de passer à côté d'un aspect fondateur du titre qui contribue à le rendre addictif.

Sur le papier tout cela peut faire peur en terme de lisibilité et confort de jeu mais pas d'inquiétudes, l'interface est extrêmement claire et réactive (coucou GT5), la présence d'un "centre social" permet à tout moment de checker vos interactions en un clin d’œil. Un soin particulier a été apporté à la navigation pour inciter le joueur à prendre part aux fonctionnalités sociales sans être découragé par une suite sans fin de menus. C'était l'une des conditions sine qua non pour que les joueurs se prennent au jeu et c'est diablement réussi.
L'autre condition c'est l'équilibrage entre les joueurs afin d’inciter les débutants à se lancer sans brider les plus expérimentés. Pour se faire, lorsque vous créez un défi les joueurs suggérés sont ceux de même niveau que vous, ce qui permet une certaine homogénéité dans les performances. Également ce n'est pas parce que l'on ne termine pas premier que l'on ne gagne rien, la qualité de la conduite, les mini challenges entrent en ligne de compte dans l'attribution des points. Une façon de permettre au joueur de toujours se sentir utile et ne pas le laisser sur le bord de la route.

Évidemment le jeu propose  un mode multi plus traditionnel, où les joueurs se connectent à une session pour en découdre en live. Les joueurs sont alors scindés en 2 team (une rouge, une bleu) et le résultat de chacun fait monter le score de son équipe. A la fin des épreuves on fait le bilan des points gagnés et l'équipe en tête empoche un max de réputation. Un peu comme pour les derniers Mario Kart, tout le sel de ces joutes vient d'un teamplay savamment organisé, où les mieux placés doivent intelligemment gérer leur avance sans se friter entre eux et risquer de tout perdre. Là encore le sentiment de ne pas rouler seulement pour soit, confère un feeling fédérateur au jeu.

Mettez un tigre dans votre moteur

 Mais tout ce qui a été décrit jusque là ne serait rien qu'une coquille vide sans une jouabilité solide, de bonnes sensations qui vous donnent envie de prendre inlassablement le pad. Là encore il s'agit d'un point qui a fait l'objet de doutes lorsque les premiers retours sont tombés à l'été 2013.
La bonne nouvelle, est que la jouabilité est très bonne, excellente même, la moins bonne c'est qu'elle ne plaira peut être pas à tout le monde. Car non Driveclub n'est pas un PGR5 déguisé, non ce n'est pas un Gran Turismo arcade, c'est avant tout un jeu des créateurs de WRC sur PS2 et des Motorstorm qui ne trahit pas son héritage et trace sa propre voie quelque part entre arcade et simulation.

Premier point qui va faire grincer des dents; il n'y a aucun réglage possible, pas de tuning possible, pas de dégâts moteur, aucune aide à disposition, rien, nada (si ce n'est le type de transmission). Le jeu impose une jouabilité monobloc comme le faisaient les jeux arcade, pas de compromis possible, ce n'est pas le jeu qui doit venir au joueur mais l'inverse. Nul doute que ça fera chouiner dans certaines chaumières mais lorsque l'on pense à toutes les interactions possibles entre les joueurs, prendre en compte les réglages/paramètres de chacun aurait été un bordel sans nom pour que la comparaison des chrono/score ai un minimum de sens.
Ici on prend le pad, on joue et basta, toutefois cela ne signifie pourtant pas que les voitures se pilotent comme dans Ridge Racer, loin de là.

Dès la première prise en main on se rend compte que le feeling ne manque pas de caractère. Le caisses ont du poids, du grip et une vitesse prononcée. Toutes ces composantes doivent être dosées convenablement pour prendre ses virages correctement. Foncer tête baissée et astiquer le frein à main ne vous mènera qu'à un seul endroit: le bas côté. Pour s'en sortir, soit il faut viser une bonne trajectoire en anticipant convenablement son freinage, soit maîtriser l'art délicat du dérapage, dans tous les cas on n’improvise pas une courbe ou une épingle.
Une bonne lecture de la piste est indispensable et étant donné la diversité de celles ci (3 types au programme: Circuit naturel, Circuit classique, route point d'un A à B) et la vitesse décoiffante, il faut développer moult aptitudes pour s'en sortir.
Dans Driveclub, ça va vite voire très vite et si les premières bagnoles disponibles sont un peu timides, dès la première montée en gamme on ressent du bout des doigts la puissance des moteurs , les aspérités de la route et une certaine vulnérabilité. Lancé à plus de 200km/h, le moindre ralentisseur, le moindre nid de poule pris de façon trop franche coûte cher. Certes les modèles physiques ne sont pas aussi pointus que dans une simulation, néanmoins ils sanctionnent sévèrement les pilotages trop francs du collier.
Heureusement la dextérité et l'application que l'on met dans le feu de l'action est rapidement récompensée par des sensations grisantes. Repousser peu à peu les limites des véhicules, oser la prise de risques est rétribué par une impression de domination de la route dans les jeux de caisses apparentés arcade.
On retrouve un peu l'ADN de Motorstorm dans la virilité des sensations et celui de WRC (ps2) pour le feeling par moment  proche du rally
Si je devais résumer en une punchline la jouabilité, je dirais que les voitures ne se dressent pas, elles se domptent !

 Les voitures, justement, elles sont en quantité un peu chiche, avec un garage composé de 50 véhicules allant de la petite sportive type golf aux hyper cars genre Zonda.  Ce manque de contenu est compensé par un panel de comportements variés qui assurent la diversité du pilotage. Par contre ne vous attendez pas à trouver autre chose que des supercars européens, le titre assume son allégeance envers les véhicules bourgeois du vieux continent. On ne s'attendait certes pas à retrouver le catalogue de la centrale, mais les amoureux de Nissan ou de muscle car vont faire la tête.

La nervosité du gameplay tient également à l’agressivité de l'IA qui ne fait pas dans le style gentleman de la route. Très rapides et pugnaces, vos opposants n’hésiteront pas à vous faire des crasses, vous percuter, vous pousser. Par moment le peloton ressemble à une meute de chiens enragés et pour se faire une place il va falloir jouer des coudes mais en finesse. En effet, pour que les courses ne transforment pas en arènes de Destruction Derby, les développeurs ont ajouté des pénalités et malus. Une poussette dosée d'un adversaire passera crème mais si l'on tente de le percuter violemment des points de réputation nous sont ôtés. Plus sévère encore; utiliser les autres caisses comme bumper dans les virages déclenche une pénalité et nous fait décélérer drastiquement . Si cet esprit bagarreur aide à renforcer l'intensité des affrontements, il vient parfois entraver un pilotage propre (surtout pour les délicats objectifs de tour impeccable), là les esthètes de l'asphalte feront la grimace, la bienséance de la FIA n'a pas sa place ici.

Cartographie des nuages

Mais trêves de futilités sur le gameplay qui n’intéresse personne, passons à ce qui fait un bon jeu; la technique ! (*joke*).
On a eu tout le loisir de fantasmer sur la plastique aguicheuse du titre via différents trailers et autres gifs. Fort heureusement aujourd'hui on ne parle plus de fantasme mais de réalité, le titre faisant extrêmement bien le boulot.
Si la modélisation des voitures est au dessus de tout soupçon avec un niveau de détail très poussé, ce sont surtout les décors qui impressionnent de par leur étendue et la richesse des détails qui y fourmillent. Qu'ils soient enneigés, boisés, rocailleux, les panoramas sauvages choisis par les développeurs sont de vrais vecteurs d’émerveillement et de dépaysement, tant la méticulosité de leur retranscription force le respect. La patte graphique du jeu tend vers le photoréalisme sans pour autant être aussi froid qu'un GT, les couleurs sont plus vibrantes et chaleureuses. Encore une fois la patte d'Evolution Studios est bien présente.
Mais la grosse plus value visuelle du titre c'est indéniablement son modèle d'éclairage encore jamais vu. Au delà du cycle jour/nuit dynamique parfaitement exécuté et entièrement paramétrable, le niveau de finesse a été poussé jusqu'à gérer les nuages en 3D, leur permettant d'influer en temps réel sur la luminosité du décor. Les conditions climatiques (hors pluie et neige, prévues pour plus tard) vont du ciel dégagé à orageux modifiant profondément le rendu d'une même course. On peut ainsi entamer sa course sous un ciel noir et menaçant, rendant la lisibilité difficile, puis voir l'horizon se dégager peu à peu laissant percer des rayons de soleil et les ombres des nuages défiler sur le bitume, avant de terminer sous un soleil éclatant. Les éléments des décors étant également entièrement en 3D, ils influent sur la lumière ambiante, sont soumis au vent etc... Bref niveau immersion c'est juste le top ! Seule petite ombre à ce tableau idyllique, un chouïa d'aliasing qui s'invite de temps à autre suivant l'éclairage en vigueur.
Quand à l'animation absolument rien à signaler, quelques soit la vitesse, le décor, les IA, le moteur délivre un 30fps imperturbable.

Au niveau de l'acoustique, si les musiques ne resteront pas dans les mémoires (elles sont même éteintes par défaut), les bruitages sont de très bonnes factures. On  entend bien les moteurs rugir qu'il s'agisse du sien ou celui de vos adversaires et lorsqu'une Pagani zonda vous colle aux fesses, elle se fait remarquer. Idem pour le son des pneumatiques qui mettent bien en relief le grip et les différentes surfaces. Au global l'ambiance colle parfaitement aux sensations, avec un son pêchu et puissant, à l'image des voitures.

Conclusion

On a eu peur jusqu'au bout mais Evolution Studios a tenu parole et dote enfin la PS4 d'un jeu de caisse emblématique et techniquement top. Jouissant d'un gameplay racé et d'un côté social gaming réussi, Driveclub fait la part belle aux challenges et à la quête de performance. Il insuffle un esprit de compétition suffisamment bien dosé et rétributeur pour ne pas être inaccessible ou décourageant pour les néophytes. S'il souffre de quelques défauts de jeunesse, il a suffisamment d'atouts pour séduire les joueurs et constituer exclue de premier choix . Pour rappel, les membres PS+ pourront gratuitement s'adonner au jeu dans une version allégée en contenu mais pas en fonctionnalités. Vous n'avez plus d'excuses, moi j'y retourne !

Les plus

  • Une jouabilité exigeante et jouissive
  • Les défis/clubs qui dopent le challenge
  • Un cycle jour/nuit/météo jamais vu
  • Des décors de carte postale

Les moins

  • Des features non disponibles au launch (replays/mode photo/pluie-neige)
  • Le garage un peu étriqué (et 100% européen)
  • Des choix de gameplay qui ne plairont pas à tous

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