Bâton de joie

Blabla vidéoludique non influencé
et probablement orienté.
¯\_(ツ)_/¯
2016 : Une année noire pour le journalisme

2016 : Une année noire pour le journalisme

Le 04/01/2017 - 20:27, par Dayton

On peut en rire, le nier ou encore s’en accommoder, l’année 2016 aussi excellente soit-elle en terme de qualité des jeux a été une sacrée déception concernant les critiques de ces derniers par la presse internationale. Ce phénomène ne touche pas que notre industrie préférée mais toutes les couches de notre société. Avis de youtubeurs influencés et sans grande réflexion, journaux traditionnels aux fraises, critiques politiques qui tentent désespérément de nous faire prendre des bourgeois pour des candidats du peuple et, cerise sur le gâteau, les sites internet de « référence » qui nous balancent des « cultes » et autres superlatifs à toutes les sauces pour des jeux qui ne mériteraient que notre pitié.

Cet article en forme de bashing gratuit pourra peut être vous sembler sentir légèrement le troll mais soyons réalistes et essayons de garder notre calme en analysant les deux scandales de l’année que sont Uncharted 4 et Final Fantasy XV, pour ne pas les nommer. Surtout ne commencez pas à râler, vous avez le droit de les avoir aimé. Je ne suis clairement pas en train de dire que si vous les avez appréciés vous n’avez aucun goût. Seulement, avec un peu de recul, il faut savoir dire de temps en temps : « ok je passe un bon moment mais sérieux qu’est ce que c’est naze ». On à tous des petits plaisirs coupables après tout. Personnellement j’ai pris mon pied sur Fist of The north Star sur PS3 pourtant je ne suis pas là à hurler au scandale quand on dit que ce jeu est un étron.

Uncharted 4 ou le niveau zéro du Gameplay

Parce qu’une image simple vaut mieux que des mots  compliqués je pose celle-ci en douceur :

La première question que l’on peut se poser naturellement est : qu’est ce que cette petite puterie marketing nous apprend ? Une chose très simple : quand il s’agit de vendre, les éditeurs sont prêts à prendre une citation issue de n’importe quel média, du moment que ça va dans leur sens. On peut s’accorder sur le fait que MTV, THE SUN ou encore STUFF ne sont clairement pas des gages de qualité pour ce média. Mais cette lithographie est intéressante car comme nous allons le voir, la presse spécialisée a globalement été du même avis.

Fantastique, parfait, un chef d’oeuvre. Le mot est lâché. Chef d’oeuvre… Non mais franchement qu’est ce qu’il ne faut pas lire des fois. Je ne sais pas pour vous mais pour moi un chef d’oeuvre c’est avant tout un jeu dont on se souviendra pendant des années et qui laisse d’une marque indélébile son empreinte dans l’histoire de notre média. Bioshock, Majora’s Mask, Red Dead ou encore le tout premier Metal Gear Solid, voilà des jeux qui peuvent à mon humble avis prétendre à ce titre. Certainement pas Uncharted 4 qui, à peine quelques mois après sa sortie, a déjà été oublié de tous. 

Il est intéressant de noter que Uncharted 4 est un cas d’école dans un média qui se rêve, surtout par l’intermédiaire des journalistes, être l’égal du cinéma. Finalement lire les tests du jeu revient à le résumer par : « C’est magnifique » « c’est un superbe travail d’écriture ». En réalité si on devait s’attarder sur le gameplay le jeu ne mériterait qu’un 7 voire 6. Uncharted 4 c’est le triomphe de l’histoire sur le jeu. C’est une expérience narrative déguisée en triple A des familles. On s’y fait chier rapidement et la majorité de l’aventure est composée d’escalade. Le rythme est totalement dans les choux et comparé à l’expérience montagnes russes du deuxième il fait franchement pâle figure.

Prenons cette capture Metacritic comme pièce à conviction numéro 2 :

Ce n’est qu’un échantillon, on trouve beaucoup de 100 mais aussi des notes comprises entre 90 et 99. J’ai pris cet extrait particulier parce qu’on y voit le résumé de la critique d’un célèbre site français. Il y a quand même de quoi s’étouffer. « Le meilleur chapitre de la série » rien que ça. Là encore, c’est une formulation que l’on retrouve dans de nombreux papiers. Peut-on vraiment être le meilleur jeu d’une série en passant totalement à coté de la partie action qui a fait la renommée de son meilleur épisode ? Car il occulte ce qui a fait le coeur de l’expérience Uncharted jusqu’à présent. Lorsque le jeu est sorti, Neil Drukmann tweetait à son ami Bruce Straley qu’ils avaient « une fois de plus réussi »… J’ai un immense respect pour les deux bonhommes mais entre-nous ils sont surtout passés totalement à coté de leur sujet.

Pourtant ce n’est pas les créateurs qu’il faut pointer du doigt mais bien la presse. C’est cette dernière qui par peur des représailles, connivence ou tout simplement lâcheté n’a pas osé pointer du doigts les défauts du titre ou plutôt qui n’a pas osé le sanctionner pour ses défauts manifestes. On touche du doigt un autre sujet. Sur quels critères évaluer un jeu ? Qu’est ce qui définit un jeu culte ? Ceci sera pour un futur papier mais en attendant Uncharted nous montre que dans un monde où la critique est facile à partager via les blogs, youtube etc, le jugement critique semble n’avoir jamais été aussi diminué dans nos publications historiques.

On nous dira que les tests sont subjectifs, que chaque testeurs est différent, pourtant il faudra bien à un moment donné sortir du moule des tests à papa et commencer à proposer de vrais critiques des oeuvres qu’on nous propose. Il n’est pas normal, si nous vivions vraiment dans un monde aussi hétéroclite, que certains jeux (majoritairement des Triple A comme par hasard) se retrouvent systématiquement avec une espèce de consensus mondial de la presse. Cette synergie des cerveaux a trouvé un autre héros cette année avec Final Fantasy XV. Si Uncharted 4 était une fraude fiscale, FFXV serait Bernard Madoff.

Final Fantasy XV: La victoire de la mauvaise foi manifeste

On ne va pas refaire l’histoire : 10 ans de développement, un jeu rebooté une quantité astronomique de fois, et une sortie accompagnée d’un matraquage médiatique des familles. FFXV est là et avec lui son lot de tests et d’odes à sa gloire. Comme tous les couillons en manque d’un vrai FF depuis le 9, j’ai acheté le jeu et peut être encore plus qu’avec Uncharted 4, j’ai du mal à comprendre les critiques qui ont accordé le titre de « jeu extraordinaire » à cette espèce de tâcheron qui ne mériterait d’être joué que par le désir provoqué par une curiosité morbide.

Sur Metacritic cette fois ci, le score est plus mitigé. 82 de moyenne où Uncharted culmine à 93. Pourtant on a tous une fois encore lu des papiers et vu des notes, notamment en France, qui frisent le ridicule. Final Fantasy XV qui amenait avec lui la promesse de faire passer la série dans la modernité et l’open-world occidental se fait reluire le poireau un peu partout sur la planète. Il suffit juste d’un minimum de sens commun et d’y jouer 10 minutes pour comprendre que le jeu est terriblement malade.

La liste est bien trop longue mais faisons simple. L’histoire est tellement coupée et non finalisée qu’on a l’impression de suivre un jeu dirigé par Jean Marie Poiré, le boucher des montages. L’open-world est vide, les quêtes annexes consistent presque intégralement à chercher des légumes et tuer des monstres random, la fin du jeu est en mode YOLO avec un méga couloir. Il est impossible de comprendre ce qui se passe sans avoir vu le film en CG et même pour ceux qui l’ont vu, les développeurs ont réussi à jeter la moitié de son intrigue.

Une fois encore on se retrouve devant le mur du « sur quels critères nous devons noter ce jeu ? ». Je dirais que pour un cas si désespéré, commencer par des critères qualitatifs serait un bon début. Ce jeu est une insulte pour tous les anciens Final Fantasy. Rien n’a de sens, rien n’est vraiment fun. C’est bien simple la carte donne l’impression d’avoir été à moitié remplie avec réflexion et ce qui restait à la fin a été posé là, au hasard, lors d’un concours de fléchettes à l’aveugle. 

Le vrai problème de tout ça, ce n’est pas que le jeu soit mauvais. Ca arrive, regardez Résident Evil 6. Non le souci c’est que la presse, une fois de plus, ne fait pas son travail. Final Fantasy XV sonne comme le middle finger ultime d’une presse en roue libre qui n’est plus attirée que par vos clics et non plus par vos cerveaux. Il serait aussi peut être temps de se regarder dans un miroir. Les sites pute-à-clics fonctionnent parce que l’on va dessus. Nous sommes les premiers responsables de cette détérioration. Toi le sale jeune qui préfère regarder un youtubeur vendu et sans talent pendant des heures plutôt que de lire des articles de qualité sur certains sites encore fréquentables. Toi le vieux con qui trouve tout à fait normal de lire des news intitulées façon « Les plus beaux nichons du jeu vidéo » sans te rendre compte que 90% de ce que tu lis est du même acabit. Enfin, il y a toi, oui toi là, sombre crétin, qui rentre dans les deux catégories et qui non content de rouler dans la fange intellectuelle, te permets en plus de prendre la défense de tous ces sites minables en te drapant de l’argument merdique par excellence « oui mais eux, c’est la passion, la vraie »

2016 clairement l’année de la baise mon gars

Finalement les deux plus beaux fleurons de 2016 resteront Doom et The Last Guardian. Le premier parce que si la presse a salué un bon jeu à sa sortie, ce sont bel et bien les joueurs qui l’ont porté comme le symbole de ce qu’ils attendaient d’un bon jeu vidéo. C’est même l’un des meilleurs exemples d’aveuglement de la presse de ces dernières années. Elle s’est retrouvée dans cette position délicate où elle a bien senti qu’elle était en présence d’un bon jeu comme elle n’en voyait plus que trop rarement mais comme son propre éditeur n’y croyait pas et n’avait pas essayé de le vendre, nos journalistes communiquant ont tout d’un coup perdu leur capacité à réfléchir et n’ont pris que mollement position. Lire les critiques de Doom suivi de celles de Uncharted c’est l’assurance de se prendre le plus gros bukkake intellectuel de l’histoire en plein dans les yeux.

Il restera le cas The Last Guardian, qui sur un site se prend un 14 alors qu’au même moment le même site (premier de France sans le nommer) attribue un 18 sans honte à FFXV. Le pauvre petit Trico se paie même le luxe d’avoir exactement le score métacritic de Final Fantasy XV de 83. Voilà un jeu qui prouve que certains sont des fraudes qui ne devraient pas avoir droit de figurer dans vos lectures. Plomber le dernier Ueda pour ses défaut sans mettre en avant ses qualités ludiques et artistiques tout en prétendant défendre la note énorme de FFXV pour l’exact inverse devrait déjà vous permettre de savoir où commencer le tri dans vos lectures. 

Il est grand temps de faire le ménage et de se rendre compte que à l’heure actuelle plus on cherchera à ratisser large en terme d’audience plus on diminuera la qualité des papiers produits par des sites qui deviennent de plus en plus de simples communicants à défaut de faire le métier qu’ils prétendent, à savoir critiques d’oeuvres. Oui je suis énervé mais pour conclure je vous partage une capture d’écran récupérée sur Twitter qui résume à merveille cet article:

Comme disait Schwarzy dans Last Action Hero : Avouez qu’il y a de quoi se la prendre et se la mordre.

 

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Commentaires

Portrait de Asskicker
Asskicker05/01/2017 - 14:52

Triste reflet de notre société moderne, ce qui prouve à quel point le jeu-vidéo n'est plus un marché de niche.

Portrait de Demoniakor
Demoniakor05/01/2017 - 15:31

Ah ! Je rejoins totalement ce troll...heu...avis, avis !! J'admets que j'ai été faible et que j'ai casqué pour la version deluxe de FFXV. J'admets aussi y avoir passé 130 heures à me la jouer Monster Hunter avec un plaisir certain. Mais, est-ce un bon Final ? nop. Est-ce un bon jeu ? Heu....disons que je suis content de l'avoir fait, mais qu'il va désormais prendre la poussière jusqu'à ce qu'un de mes descendants le ressorte de sa boite. Je profite de mon premier com' pour saluer chaudement la team qui m'avait diablement manqué. Bisou à Asskiki, APC et Dayton.

Portrait de radio
radio05/01/2017 - 20:24

Le prob de la press JV c'est qu'elle n'accepte pas son statut de relayeuse de communication des éditeurs/constructeurs. Le journalisme vidéoludique existe-t-il ?!? Pas sur ou alors dans une très petite proportion, pour 99% il ne s'agit que de chroniqueurs dont les joueurs n'ont que foutre, c'est pour cela qu'une si grande majorité de l'audimat c'est reporté sur les vidéastes de la toile.
Car durant des années la pratique du "journalisme" JV ne c'est limitée qu'à la ponte de papiers nombrilistes écrits la quéquette à la main mais cachée sous le voile pudique de l'objectivité. Les youtubeurs sont arrivés avec moins de pudeurs, assumant le côté égo-trip mais en en faisant également leur fond de commerce.

Portrait de XpTr_14_21
XpTr_14_2106/01/2017 - 14:57

Texte excellent! Exactement AssKicker. Triste reflet. Les gent on plus envie de lire et les media pensent seulement au clic bait. Un titre avec un ou deux mots target et voila.. le gros con tombe dans le piège et fini par lire une merde sans fond, contexte et contenue intéressant. C'est miserable. Je suis content de voir l'equipe de retour.

Portrait de palooka
palooka08/01/2017 - 09:20

Je suis un peu rouillé concernant les sites de news Jeux Video. Lesquels vous nous conseillez ? Mis à part Bâton de joie et xboxygen :) ? Merci en tous les cas pour cette tribune qui fait du bien.

Portrait de KoKuO
KoKuO08/01/2017 - 15:56

Hummm je ne peux être que partiellement d'accord avec l'ensemble du papelard. En effet je pensais que c'était l'avènement des sites de JV qui avait amené ce manque de couilles et grosses conneries dans la presse vidéo ludique. Et il a fallut que je découvre un podcast sur le retrogaming pour me remettre à lire certains article de l'époque de la presse papier... eh ben bordel c'était déjà de la grosse merde... alors vu qu'il n'y avait aucun moyen à l'époque de vérifier les infos, c'était en mode Yolo.
Disons que depuis le début il y a un problème avec la presse videoludique, il y a déjà un problème avec la presse en générale alors pour celle là échapperait à la règle. Bref ça ne date pas de 2016 malheureusement.

Portrait de Dayton
Dayton08/01/2017 - 18:58

Pour les sites Fr il est bon de regarder les articles "premium" de Gamekult qui pour le coup sont souvent très interessants à parcourir (même si pour les tests je suis pas toujours d'accord avec eux). Le lancement du site de canardPC devrait aussi permettre d'avoir des tests de qualité puisque repris du mag papier.

Concernant les US, bien que Kotaku soit spécialiste des news a clic, souvent leurs tests sont long et pas mal. D'ailleurs ils ne donnent pas de note. 

Mais c'est bien le soucis, il n'y a pas vraiment d'offre pour des personnes qui veulent quelque chose de plus profond.

Kokuo a parfaitement raison en disant qu'à la grande époque des Joypad et autre Console+ le niveau était déjà naze. La grosse différence c'est que les acheteurs de ces mag étaient majoritairement des enfants et ils étaient donc le coeur de cible.

Ces enfants ont grandi aujourd'hui et sont des adultes, qui sont en droit d'attendre que les critiques é1voluent de la même manière. Sauf que ca n'a pas vraiment été le cas.

 

Portrait de streptos
streptos10/01/2017 - 12:37

Pour n'avoir joué qu'à Doom dans les jeux cités, je ne prend pas le risque d'approuver tout le texte, mais c'est le ressenti général que je constate en parcourant les différents forums.
Cependant comme indiqué au début, on a tous des plaisirs coupables, mais dire qu'un jeu qui "tout le monde apprécie" est un plaisir coupable, ça exclut. Ça sous-entend que le jeu est mauvais. C'est comme dire qu'on n'aime pas StarWars, alors on n'est pas normal.
En 2016, c'était EDF4.1 et Rogue Galaxy les deux sur PS4 en plaisir coupable.