Bâton de joie

Blabla vidéoludique non influencé
et probablement orienté.
¯\_(ツ)_/¯
Critique : Life is Strange - Episode 1

Critique : Life is Strange - Episode 1

Aaah l’adolescence… Période ô combien difficile que traverse chacun d’entre nous au cours de son existence avec son lot de prétendues “injustices” parentales, de traîtrises entre ami(e)s, de mal-être profond, mais aussi des premiers délires alcoolisés, en auto-entreprises sexuelles (voire plus si affinité pour les meilleurs négociateurs) et j’en passe. Bref, l’âge de la découverte de la vie et du passage à la maturité que nous proposent de vivre les français de DontNod Entertainment qui expérimentent quant à eux le format épisodique pour leur seconde production vidéoludique.

Go Get a Life

Après un Remember Me à l’existence périlleuse et au résultat qui ne combla pas toutes les attentes malgré des qualités indéniables, DontNod se trouvait dans une situation faite de doutes et d’incertitude. C’est finalement dans les bras protecteurs de Square Enix que le studio parisien trouve son salut, malgré le risque que peut représenter le jeu d’aventure/point & click au format épisodique que seul Telltale Games semble maîtriser avec ses Walking Dead et autres Wolf Among Us.

En ce qui nous concerne, trublions de BatonDeJoie.fr, c’est avec un certain enthousiasme que nous abordons ce Life is Strange à l’arrière-goût indy. Mais qu’à cela ne tienne, il faut savoir faire preuve d’objectivité et de méfiance sur ce que va nous donner le titre sur la longueur, et c’est pourquoi nous allons attendre que les 5 épisodes soient disponibles avant de pondre un véritable test en bonne et due forme. Cela ne nous empêchera cependant pas d’évoquer chacun d’entre eux au compte goutte afin que vous puissiez avoir une idée de ce que donne cette nouvelle licence au charme non-négligeable.

Life is peachy

De retour à Arcadia Bay après avoir effectué une escapade scolaire de 5 années à Seattle, Max se voit contrainte de redécouvrir la faune habitant sa ville d’origine. Pas évident de se faire une place en tant qu’étrangère au sein d’un bahut où l’élite côtoie les losers sans leurs faire de cadeaux, d’autant plus que la jalousie propre aux teenagers favorise les coups de pute et autres vicelardises. Peu importe, Max est un peu à l’écart de tout ça et préfère se focaliser sur sa passion pour la photo. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a effectué ce retour aux sources puisque c’est dans ce bled paumé de l’Oregon que l’un de ses photographes favoris a fini par devenir prof.

 

La vie étant faite d’imprévus, c’est au détour d’un petit incident s’étant déroulé aux toilettes que Max découvre son nouveau don sorti de nulle part : sa capacité à manipuler le temps. Une aptitude que DontNod semble tout particulièrement apprécier puisqu’elle était déjà présente dans Remember Me avec le Memory Remix. Bref, nous voici ainsi en présence de la principale feature de Life is Strange qui consiste à rembobiner une séquence de jeu afin de glaner des informations pour ensuite en profiter dans les dialogues, pour corriger une erreur, pour récupérer un objet que l’on pourra réutiliser ensuite, ou pour changer de choix lors de séquences clés où ils auront des conséquences dans la suite de l’aventure.

Là où c’est fourbe, c’est que Max tente de nous convaincre de remonter le temps pour modifier notre choix en évoquant les répercussions qu’ils risquent d’avoir sur sa petite vie. Dénoncer un méfait quitte à subir la vengeance de son auteur ? Garder le silence, prendre sur soi, mais mettre en péril sa bourse scolaire ? Libre à vous donc de les assumer ou de les modifier en revenant en arrière. Fait appréciable : le jeu autorise 3 slots de sauvegarde, ce qui permet de refaire l’épisode en expérimentant divers embranchements scénaristiques. Comptez un poil moins de 4 heures pour en voir le bout en prenant soit de farfouiller les environnements en quête d’images d’illustrations, interactions est autres secrets, et 1h15 en traçant en ligne droite.

Feel Good Inc.

A l’instar d’un titre made in Telltale, ne vous attendez pas à vous retrouver face à de l’action frénétique, et encore moins en compagnie d’un gameplay archi-chiadé puisque l’on se contente juste de papoter, de fouiller les environnements, et de réaliser quelques rares actions. La seule particularité ici est qu’il faut faire mumuse avec le rembobinage temporel. Oh quelques rares fois il est requis de réaliser certaines actions avant un temps donné sous peine de devoir remonter le temps, mais pas de quoi transformer ses aisselles en chutes du Niagara.

Pour sûr on pourra scander que ce n’est pas très palpitant, que l’aspect narratif est un peu trop omniprésent, mais les mystères que nous cachent les divers protagonistes ou encore cet espèce de monde parallèle prémonitoire dans lequel se plonge Max à l’insu de son plein gré (qui apporte une petite touche d’Alan Wake à mon goût) parviennent à titiller notre curiosité et à donner l’envie de découvrir la suite. Bien que mettant en scène des ados, la trame de fond de Life is Strange est tout à fait mature et adulte avec le rapport à l’être humain, qu’il soit familial ou amical, positif ou négatif. Et puis pour une fois nous avons à faire à un jeu véritablement contemporain puisque les réseaux sociaux y sont omniprésents, tout comme le terme “selfie” ou autres références aux petits et grands écrans (Breaking Bad, Cannibal Holocaust, etc…). Sympa.

Mais ce qui fait toute la force de Life is Strange, c’est son ambiance bigrement attachante que l’on doit à sa chouette direction artistique faite d’aplats qui pallie sa réalisation parfois old school (les cheveux, la modélisation et les animations des personnages, la synchro labiale approximative, les murs invisibles, etc…), ses décors tout aussi soignés et crédibles que dans Remember Me (dans un tout autre registre visuel, bien entendu), ses mignons petits coups de craie qui nous signalent les éléments interactifs, mais aussi sa magnifique bande sonore rock & folk chapeautée par des pistes musicales signées Syd Matters, José Gonzales ou encore Sparkle Horse. Vous couplez ça à l’atmosphère que dégagent les tréfonds de l’Amérique et au style de la mise en scène, et vous obtenez un résultat aussi touchant qu'un film indépendant signé Zack Braff ou Wes Anderson. Rien que pour ça, on peut dire que Life is Strange est une belle réussite et que DontNod mérite sa ceinture noire de posage d’ambiance de kalitaÿ.

To be continued…

Bien que la magie opère aisément avec ce premier épisode intitulé Chrysalis, on ne peut s’empêcher de trouver ce début timide. Déjà peu nombreuses, les “énigmes” sont vraiment légères et le gameplay pourtant déjà minimaliste des productions Telltale pourrait presque s’apparenter un parc d’attraction puisque la teneur en QTE du second jeu de DontNod atteint les 0%. Soyons toutefois conscients qu’il s’agit assurément de la volonté à vouloir commencer en douceur pour poser les bases, l’ambiance et les personnages. Bref, nous voilà tout de même face à un prologue qui laisse augurer de bien belles choses.

 En ce qui me concerne, j’ai effectué un second run en optant pour des choix diamétralement opposés à ceux du premier afin de mieux apprécier les répercussions que cela engendre. Le bon point est que l’on ne reste pas dans le cadre du binaire puisqu’il peut y avoir différentes combinaisons, surtout à partir de la seconde moitié de l’épisode, et selon que vous papotez avec tel ou tel personnage, ou que vous découvrez tel ou tel bidule. En ce sens on apprécie les statistiques de fin de partie qui nous permettent de situer nos choix vis à vis de ceux des autres joueurs, et si l’on est passé à côté de quelque chose ou non. De ce que j’ai vu il n’y a pas de très gros changements sur le déroulement du scénario pour l’instant, à voir ce que ça donnera dans la suite. Là où c’est moche, c’est qu’il va falloir attendre le mois de mars pour pouvoir y goûter...